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Le génie de Manu Larcenet

Je suis un très grand admirateur de Manu Larcenet.

Je l’ai découvert grâce à une humeur de Fabien Conus, sur Cuk.ch, le… 23 juillet 2004.

Fabien présentait la planche suivante, imaginant remplacer les personnages par la Madame Cuk d’alors et moi-même…

Cette planche a été d’abord la cause d’un nettoyage urgent à faire sur mon écran tellement j’ai éclaté de rire, puis le début d’une vraie passion pour cet auteur.

On peut la retrouver dans Retour à la terre que Manu Larcenet a dessiné sur un scénario de Jean-Yves Ferri, qui a, entre autres, été l’auteur et dessinateur du génial De Gaule à La Plage.

Le Retour à la Terre raconte l’histoire d’un couple (un peu bobo?) venu de la ville vivre à la campagne, avec tout ce que cela implique (ceux qui comme moi ont vécu cette reconversion me comprendront).

Et puis, chez Manu Larcenet, il y a ce merveilleux petit apprenti délinquant qu’est Nic Omouk, obligé dans le 2e tome de faire des travaux d’utilité publique à la campagne (tiens, c’est une obsession, la campagne, chez Larcenet ou bien?)

Je ne rêve que d’une chose, c’est qu’il y ait une suite à ces deux premiers tomes, mais j’ai peu d’espoir, malheureusement…

Des mêmes auteurs, à pleurer de rire, il y a le sens de la vis, tome 1 et 2.

Où Demi-Lune (Manu Larcenet), présente ses dessins (parfois enfantins et maladroits) à un maître asiatique qui le commente avec un sens profond de sa philosophie.

Le tout en devant monter (dans le premier volume), un banc IKEA.

Tenez, je ne résiste pas de vous présenter deux planches qui moi me font craquer…

J’ai également adoré le Combat ordinaire qui est une œuvre magistrale sur nos angoisses d’homme, la mort du père, la fin de son chantier naval dont j’ai plus longuement parlé ici.

Manu Larcenet a également fait paraître, ces dernières années deux magnifiques et sombres histoires: Blast, et le Rapport Brodeck.

Blast, Fabien vous a présenté le premier des 4 tomes ici (à noter que les 4 livres sont sortis maintenant).

Blast, il faut être bien accroché pour le lire. Parce que ce n’est pas gai, c’est triste, c’est sombre, c’est presque sordide, par moments.

Et c’est pourtant beau, touchant, c’est tellement humain.

Mais c’est sur sa dernière œuvre en deux tomes que je voudrais un tout petit peu m’étendre ce jour, à savoir, Le rapport Brodeck, qui est une mise en images du roman éponyme de Philippe Claudel, paru en 2007 et qui a remporté de nombreux prix, dont le prix Goncourt des Lycéens (2007), le prix des libraires du Québec (2008) et le prix des lecteurs du livre de poche en 2009, livre que, soit dit en passant, à ma grande honte, je n’ai pas lu.

Tout d’abord, pour en revenir à la bande dessinée de Manu Larcenet tirée de ce roman, je vous conseille chaudement la lecture de cet excellent article sur cette œuvre ici, sur le site Slate.fr, signé par Vincent Brunner.

En ce qui me concerne, j’ai été tout simplement bouleversé par cette histoire qui raconte un événement terrible de la vie d’un village très retiré, situé on ne sait pas trop où, mais certainement à la frontière de l’Allemagne et qui se passe certainement un peu après la Seconde Guerre mondiale.

Le personnage principal est Brodeck, qui, de retour d’un camp de concentration, essaie de retrouver sa famille, sa femme, entrée dans une sorte d’autisme, suite à des événements sordides que je ne veux pas dévoiler ici pour ne pas déflorer l’histoire, sa fille. Il se retrouve un soir à l’auberge du bourg, parce qu’il venait chercher du beurre, au moment où les hommes du village viennent d’assassiner “L’Anderer”. Les villageois lui demandent d’écrire un rapport sur ce qui s’est passé, peut-être pour exorciser leurs démons. Brodeck n’a pas le choix, mais il écrit également un journal parallèle.

Ces deux livres sont en noir et blanc, sans nuances de gris, et l’histoire se déroule en hiver, dans un milieu sauvage de collines et de forêts, dans la neige et le froid.

Le dessin de Larcenet est splendide, les planches sont profondes: nous sommes dans la ce monde aride, dans le froid, dans le silence.

Je suis bien conscient que montrer deux planches, comme ça, ça ne veut pas dire grand-chose… Il faut du temps, des pages, entrer dans le livre pour se pénétrer de l’histoire.

Dans l’oppression.

Et c’est bien là que l’on voit le génie de cet auteur. Il est multiple, et ceux qui viendraient du Retour à la terre sans passer par Blast auraient de la peine à croire qu’il s’agit de la même personne qui raconte ces deux histoires.

Larcenet prend son temps, nous laisse découvrir des scènes en silence, avec une précision et un découpage à couper le souffle.

Il s’agit d’une œuvre d’art, chaque dessin étant pour lui-même un tableau, faisant partie d’un tout magnifiquement mis en scène.

Cette histoire est lourde, elle nous fait découvrir nos lâchetés pour survivre. Il m’a fallu plusieurs jours pour lire les 328 pages de ces deux tomes, parce que je voulais prendre le temps, le temps de me perdre dans ces paysages magnifiques, le temps de comprendre ce qui se passait.

Parce que l’histoire est forte, mais elle est double, triple même, se déroulant sur plusieurs niveaux.

Celui de l’Anderer, bien sûr, personnage étonnant;

Celui de Brodeck, de sa vie, et du pourquoi il a été placé en camp de concentration, avec tout ce qu’il a dû y endurer;

Celui de la femme de Brodeck, et de sa fille;

Celui des habitants du village, avant, pendant et après la guerre.

Prendre le temps de se dire à chaque fois que l’on pose le livre (l’iPad en ce qui me concerne), purée, mais c’est tellement triste, mais c’est tellement profond, tellement beau…

Oui, Le rapport Brodeck est une œuvre d’art.

La seule peur que j’ai maintenant, c’est qu’après avoir donné naissance à un telle œuvre, comment Manu Larcenet va-t-il pouvoir rebondir?

Cela dit, j’ai toute confiance en lui.

Merci, Monsieur, de nous permettre de découvrir des histoires comme celle-là.

Votre œuvre est un immense…

 

 

 

 

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