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Vous n’auriez pas oublié quelque chose, Madame l’ancienne Conseillère d’Etat?

Nous avons changé de Conseillère d’État, dans le canton de Vaud, ce lundi 3 juillet 2017.

Je précise pour nos amis Français que le Conseil d’État (de majorité de gauche) est l’organe exécutif du canton, présidé désormais par une Conseillère d’État socialiste (eh non, chez nous, le parti socialiste n’est pas mort, il se porte même plutôt bien), Madame Nuria Gorrite.

Pour information toujours, le législatif dans notre canton, de majorité de droite, est le Grand Conseil.

Il se trouve que nous venons donc de changer de législature de 5 ans, et que le peuple vaudois a reconduit cette cohabitation qui a magnifiquement fonctionné ces dernières années.

Depuis 2002, le DFJC, à savoir Département de la Formation, de la Jeunesse et de la Culture était tenu par une ministre socialiste, Madame Anne-Catherine Lyon.

Crédit photo 24 heures, photo à la une Tribune de Genève

Cela faisait 15 ans donc que Madame Lyon était notre cheffe, à nous, enseignants, mais également à bien d’autres corps de métier dans le canton travaillant dans son département.

Je ne vais pas m’étendre sur son bilan parce que j’ai un devoir de réserve et qu’à 7 ans de la retraite, je ne vais pas prendre le moindre risque.

Sachez que Madame Lyon a réussi quelque chose d’assez fort, à savoir de pacifier l’école qui était dans tous ses états avant son arrivée.

C’est déjà énorme.

Pour le reste, je déplorerai principalement deux choses parmi d’autres.

La première, c’est le fait qu’elle n’aimait pas du tout, mais alors pas du tout ce qui touchait à l’informatique dans les écoles. Je dirais même qu’il semblerait que tout cela l’insupportait au plus haut point.

Madame Lyon était réfractaire à l’informatique, du moins, c’est ainsi qu’elle paraissait à tous ceux qui s’intéressaient de près ou de loin à ce domaine.

Difficile de vivre avec cela lorsque l’on est responsable informatique d’un établissement depuis 20 ans.

Difficile de voir que, à une époque où l’on parle d’analphabétisation digitale de nos écoles suisses, Madame Lyon a coupé l’enseignement de l’informatique aux classes de 7e et 8e années, les remplaçant par des immersions qui ne se passent pas toujours bien dans les établissements. Ces deux années d’enseignement étaient un très bon moyen de voir tous les élèves et de leur apporter systématiquement les bases de l’informatique, des traitements de texte, des tableurs, de l’éthique, du regard critique et des précautions à prendre sur les réseaux sociaux.

Parce qu’il ne faut pas croire: les élèves de 10 ans savent jouer avec des iPad, ils nous épatent parfois, mais ils ont un niveau de méconnaissance des bases informatiques assez époustouflant.

Bref… passons, le passé est le passé, Madame Lyon est partie, souhaitons maintenant que les choses bougent, et dans le bon sens.

L’autre point à déplorer chez Madame Lyon, c’est sa communication avec ses troupes, pour le moins… sporadique, voire inexistante, en dehors de quelques consultations générales pour mettre sur pied des lois.

Combien sommes-nous à lui avoir écrit pour lui faire part de certaines émotions, récriminations, ou tout simplement parce que cela nous semblait important de lui faire part de nos réflexions et à n’avoir jamais reçu la moindre réponse?

En tant que responsable de commune et d’association intercommunale scolaire, je n’ai pu que regretter de constater que nous avons souvent eu bien de la peine à obtenir des réponses de sa part suite à nos demandes.

À force de manque de communication, de froideur, Madame Lyon s’est mise à dos une grande partie du corps enseignant et des fonctionnaires de son département sans que les choses se disent vraiment.

J’ai lu un article intéressant dans 24 heures, vendredi 30 juin. Madame Lyon y parle de sa réputation de froideur justement qu’elle pense erronée, elle qui se dit être au contraire accessible. Je veux bien la croire, mais cette froideur est pourtant, et c’est certainement malheureux, le reproche que peuvent lui faire tous ceux que je connais  qui ont travaillé sous ses ordres. Et ce qui est encore plus malheureux quelque part, c’est de voir le décalage de Madame Lyon avec la réalité du ressenti de ses employés.

Et puis, alors que tout menait à penser qu’après 3 législatures, Madame Lyon allait jeter l’éponge, ne serait-ce que parce que le parti socialiste, dans ses statuts, ne permet pas de faire 4 législatures (elle en avait déjà fait 3), nous avons été étonnés d’apprendre dans le Matin Dimanche du 21 août 2016 son désir de se faire réélire pour la prochaine législature, celle qui a donc commencé ce 1er juillet 2017

Cet article, qui a pour moi été un choc, je dois bien l’admettre, commençait d’ailleurs de manière assez… étonnante:

Oui.

Pourquoi vouloir continuer à être conseillère d’État?

D’abord par envie profonde, par passion pour ce que je fais. Et puis par sens des responsabilités. Je pense que je peux encore apporter quelque chose. Il y a des grands dossiers que je m’étais promis d’entreprendre. L’un est dans le programme de législature du Conseil d’État: le statut des enseignants. J’ai passé toutes ces années à réformer le système en pensant aux élèves, il est temps maintenant de prendre également soin des enseignants.

Ah mais non? Après 15 ans gestion du département, vous comprendrez que l’on puisse être surpris, nous, enseignants, par une telle promesse: on allait prendre soin de nous.

Ouf!

Mais bon, on aurait peut-être pu y penser avant, un peu, non?

Bon, allez, détail, on ne va pas se formaliser pour si peu.

Résultat des courses, Madame Lyon n’a pas été choisie par ses pairs socialistes pour représenter le ticket aux élections, ce qui n’a pas dû être tout simple pour elle. On parle même à son propos de tragédie.

Et puis, un nouveau Conseil d’État a été réélu.

Qui a pris ses fonctions lundi.

Madame Cesla Amarelle, socialiste, a pris la place de Madame Lyon.

Madame Lyon qui nous a donc quittés vendredi soir, pour vaquer à ses occupations.

Mais j’en reviens au titre de l’article.

Lorsqu’un stagiaire quitte une salle des maîtres après quelques mois dans nos écoles, la tradition veut qu’il apporte les croissants en salle des maîtres.

Lorsqu’un enseignant quitte ses collègues, pour un autre établissement, ou parce qu’il part à la retraite, il organise une petite fête.

Madame Lyon, et là, je m’adresse directement à vous Madame, nous n’en demandions pas tant, bien sûr.

Nous ne vous demandions même pas un courrier, cela aurait coûté de l’argent au contribuable et ça aurait été peut-être un peu trop au regard de certains, on aurait pu vous le reprocher.

Mais Madame, après quinze ans, alors que vous aviez toutes nos adresses de courriel, ne pensez-vous pas qu’il eut été la moindre des choses de nous écrire un mail, pour que nous puissions prendre congé de vous tout à fait sereinement?

Mais bon… une telle démarche était incompatible avec les deux choses que je vous reprochais plus haut, à savoir:

Cela dit, Madame, moi, je vous souhaite le meilleur pour la suite de votre vie et j’espère que ce passage ne sera pas trop difficile pour vous.

Et en ce qui nous concerne, pour nous, je vous rassure, au cas où vous feriez du souci…

Ça va aller!

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