Chère lectrice, cher lecteur du Blog du Cuk,
Vous pensiez peut-être que la Suisse était un des représentants de l’ordre et du respect de la loi, que oui, bon, d’accord, il y avait peut-être les Valaisans qui étaient peut-être un peu différents (on rit souvent, même ici de ce qui se passe parfois dans ce canton)?
Eh bien vous comprendrez, à la lecture de ce qui suit, que ce qui se passe dans notre beau Canton de Vaud, notamment en matière de rachat des terres agricoles par l’entreprise Orllati, n’est pas loin de ce que vivent les républiques bananières, et ce n’est pas d’une expression qu’il s’agit.
Il faut que ça change, vite.
Si tant est qu’elles ignorent ce qui se passe (vous verrez dans l’article qu’il n’en est rien), il faut que les autorités de notre Canton se réveillent et accomplissent enfin leur travail: tout peut encore être rétabli, mais il faut agir vite.
En tout cas, elles ne pourront plus jamais prétendre qu’elles ne savaient pas.
Il faut que la longue enquête de Blick soit lue par le plus de monde possible.
C’est pourquoi, ici, je relie l’article que j’ai écrit sur le site de l’Association pour la Sauvegarde des Bois de Ballens et environs à son propos.
Lisez et faites lire ce qui suit, et surtout lisez et faites lire l’article du Blick qui nous prouve, si besoin était, que le bon journalisme existe encore.
Voici donc l’article, en me réjouissant de ne plus être tenu, depuis trois ans, par le devoir de réserve envers ce Canton.
Nous le savions depuis longtemps, nous l’exprimons souvent dans des info-villages, mais cette fois, ça y est, c’est noir sur blanc, et c’est dans le Blick romand, sous forme d’une superbe enquête, en plusieurs chapitres, signée Camille Krafft et Antoine Harari.
Ce dernier est aussi l’auteur, avec Claude Baechtold, d’une enquête, elle aussi approfondie, sous la forme d’une série d’articles consacrés à l’industrie du béton, sur le site heidi.news, dont un épisode est consacré à la forêt de Ballens.
Nous en avons souvent parlé sur ce site.
Claude Baechtold l’avait alors déjà révélé dans lesdites enquêtes sur Heidi News, en 2020 (une référence pour nous): l’acquisition de terres agricoles, dans le canton de Vaud, c’est le Far-West.
Juste avant d’aller plus loin, pourquoi revenons-nous sur une enquête touchant les pratiques du consortium Orllati, l’acteur le plus puissant du canton de Vaud dans son domaine, avec 400 millions de francs de chiffre d’affaires?
Tout simplement parce qu’il est pleinement concerné par la destruction de la forêt de Ballens pour des raisons économiques.
En effet, si Holcim est l’acteur principal contre lequel nous nous battons, parce qu’il fait partie du consortium directement concerné par la première étape du massacre annoncé (mais cela ne sera pas, nous y veillons), Orllati va suivre derrière, pour la deuxième étape qui deviendrait effective, directement 30 ans après.
Revenons à l’enquête, maintenant.
Le chapeau de cette dernière explique:
En s’appuyant sur des agriculteurs placés dans des sociétés anonymes, le promoteur vaudois, également actif dans les décharges et le béton, contrôle des parcelles qui devraient être réservées à des paysans exploitant eux-mêmes leurs terres. Avec des avantages stratégiques et financiers à la clé.
Et nous apprenons que:
- Orllati rachète des parcelles agricoles, partout dans le canton, dans le but un jour d’en faire soit une gravière, soit une décharge pour ces terres de chantiers, voire dans le but d’en faire des complexes d’habitation, avec l’espoir d’un changement d’affectation, tout ceci à des prix sur lesquels les petits paysans ne peuvent pas régater;
- que des grands commis de l’Etat de Vaud, qui y travaillent encore, ont été débauchés par le même Orllati
Ces situations sont d’autant plus questionnantes que le groupe de Bioley-Orjulaz vient d’engager le chef de la division Géologie, sols, déchets et eaux souterraines à la direction générale de l’environnement, Renaud Marcelpoix, ainsi que son adjointe. Un cas de pantouflage qui n’est pas une première: Par le passé, Orllati avait déjà mandaté comme consultant le géologue cantonal à la retraite, Jean-Daniel Dubois. Plusieurs années après son départ de l’État, le groupe avait également octroyé des mandats à l’ex-chef du Service du développement territorial, Philippe Gmür, qui se rendait également sur le terrain comme consultant indépendant. Dans un autre registre, Orllati a par ailleurs engagé en 2024 l’ancien DRH du CHUV, Antonio Racciatti, comme directeur des ressources humaines.
Blick du 26 juin 2026
- que des paysans, tous UDC, notons-le, alors que le parti est censé aider les agriculteurs, sont aux manettes de diverses sociétés filiales d’Orllati pour accaparer ces mêmes terres agricoles au nez et à la barbe des paysans déjà en fragilité financière;
- que la Commission Foncière Rurale, censée vérifier le bien-fondé de chaque changement de propriétaire des parcelles agricoles, ne fait rien pour empêcher ces combines scandaleuses;
À la campagne, les terres cultivables et leurs fermes appartiennent par définition aux agriculteurs. Sauf exceptions, ces derniers sont censés se les vendre de l’un à l’autre, avec l’aval de la Commission foncière rurale (CFR I), l’organisme chargé de délivrer les autorisations pour l’acquisition des terrains situés en zone agricole. Une fois de plus, notre enquête amène des questionnements sur cette structure et son manque de contrôle.
Blick du 26 juin 2026
- que les autorités vaudoises, au courant desdites combines depuis au moins 5 ans et qui avaient promis de réagir, ne bougent pas une oreille, alors que nous avons dix ans pour annuler les transactions douteuses, il n’en reste donc plus que cinq, le temps presse!
Ce qui est saisissant, c’est qu’il ressort de cette enquête approfondie, que l’État, les Communes, les paysans sous les ordres d’Orllati ne veulent même pas répondre aux journalistes qui se sont vus menacé·e·s de poursuites pénales.
Ce qui est saisissant également, c’est la peur des paysans et des paysannes de s’exprimer ne serait-ce que pour dire ce qu’ils pensent, de peur de perdre des contrats ou de ne plus pouvoir jamais obtenir de parcelles, s’ils osent ne serait-ce que, par exemple, critiquer la Commission Foncière Rurale.
«J’ai un partenaire qui représente plus d’un demi-million de francs par année pour moi. Il m’a dit: si tu parles du groupe Orllati aux journalistes, je fais plus affaire avec toi. Je risque la faillite», nous a expliqué l’un d’entre eux — un élu au niveau local qui avait pourtant beaucoup de choses à raconter. Il lâche, malgré tout: «Dans ma région, 60% des agriculteurs arrivent en bout de course dans les cinq prochaines années. D’ici à dix ans, j’estime que le groupe Orllati possédera 15% à 20% des terres vaudoises. Il a un boulevard devant lui».
Blick du 26 juin 2026
Ce qui est saisissant enfin, c’est que nous vivons dans un État de droit, avec des règles, et que l’État lui-même ne fait pas son travail avec ce qui se passe autour d’Orllati notamment, alors qu’il est tellement pointilleux avec les petits paysans et les petites paysannes.
Il faut maintenant que l’État se réveille!
Notamment Vassilis Venizelos, au Département de la jeunesse, de l’environnement et de la sécurité (DJES) et Valérie Dittli, au Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat et du numérique (DADN).
C’est votre travail d’éviter que bientôt 20 % des terres agricoles vaudoises appartiennent au groupe Orllati.
Nous allons vous tenir à la culotte, soyez en certain·e·s!
J’aimerais ici, au nom de l’ASBBE, remercier les journalistes qui ont œuvré à cette longue enquête passionnante, vous avez fait du journalisme courageux, ça réchauffe le cœur.
Et vous, sympathisant·e·s de l’ASBBE, faites tourner cet article, et surtout faites tourner l’article du Blick, il faut que ces combines sautent aux yeux de toutes et tous, il ne faut pas laisser faire!
On compte sur vous.
Forza!
François Cuneo

