Relay s’arrête: l’iPad n’est-il pas une plateforme d’avenir pour la lecture de magazines?

La semaine passée, j’ai reçu de Relay.com, l’une des plateformes de lecture de journaux au format PDF, cette triste nouvelle:

Relay.com a été le premier acteur à lancer un kiosque de presse numérique, kiosque qui a été enrichi dès 2014 avec la vente d’eBooks.

Après plusieurs évolutions technologiques et éditoriales, nous avons décidé de suspendre notre offre de téléchargement de presse et de livres au format numérique le 25 février prochain, ne rendant plus possible l’achat de presse et de livres numériques.

Nous vous contacterons prochainement pour vous donner des informations relatives à la lecture de vos magazines et vous recevrez également les informations nécessaires pour poursuivre vos abonnements en cours sur le kiosque de presse numérique Le Kiosk.

Concernant les livres au format numérique, l’e-libraire Bookeen assurera une continuité de service pour vous permettre d’accéder à vos livres numériques dès le 25 février.

Toute l’équipe de Relay.com tient à vous exprimer ses remerciements pour votre fidélité durant toutes ces années et reste à vos côtés dans les magasins RELAY.

Je disais que c’était une triste nouvelle, parce que je suis abonné à Relay et que j’appréciais pouvoir y piocher, chaque mois ou chaque semaine les magazines que je trouvais en kiosque auparavant.

Je l’ai déjà écrit ici, mais j’adore lire mes journaux sur l’iPad Pro, qui semble fait tout exprès pour reproduire le format de la plupart des magazines en papier.

Depuis des années, je ne mets plus les pieds dans les points presse comme disent nos amis français.

Je me faisais du souci d’ailleurs pour leurs gérants ou leurs propriétaires: allions-nous encore pouvoir acheter des journaux dans un magasin au format papier dans dix ans?

L’annonce de Relay semble démontrer que passer du format papier au format électronique n’est pas si évident.

Plusieurs raisons peuvent être évoquées.

  •  le marché des tablettes est en déclin depuis depuis 2015, la tablette aurait été une transition technologique, les gens l’auraient adorée puis assez vite laissée.
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Source statista: la vente d’iPad en millions d’unités depuis 2015

Bien évidemment, moins d’iPad signifie moins d’abonnements aux plateformes de lecture.

  • de nouvelles applications et des formats de journaux tout exprès pensés pour s’adapter aux écrans des smartphones et les tablettes qui n’ont plus rien à voir avec le format papier prennent de plus en plus le dessus. Le format PDF ne serait alors qu’une représentation du papier dépassée de ce que peut faire la technologique, notamment par l’apport de documents multimédia pour ne pas parler trivialement des bienfaits de l’hypertexte. Le désavantage de la chose est qu’il faut passer par un abonnement propriétaire de chaque magazine et que vous pouvez oublier alors les forfaits des plateformes de type Relay.
  • la concurrence déloyale dont parlait Jean-Guy Cogné dans son éditorial, en juin 2017, que je reproduis ici dans son entier.

La Presse, ce n’est un secret pour personne, vit des temps difficiles et subit une profonde mutation. De nombreux titres, qui tiraient l’essentiel de leurs revenus des recettes publicitaires, galopent après des lecteurs fantômes pour tenter de maintenir une diffusion «?vendable?» à leurs annonceurs. D’autres, sans vrai contenu ou dont les articles ne servent qu’à boucher les espaces entre les pubs, quittent la scène. Mais il existe encore une presse magazine forte et indépendante, dont le seul souci est de voir le nombre des points de vente s’étioler, tandis que les coûts de distribution ne font qu’augmenter.

Et puis, il y a les kiosques numériques, ces applis nées en même temps que les tablettes, qui permettent de lire les journaux sur écran… quand la 4G ne croise pas les bras. Jusqu’à maintenant, leur fonctionnement était à peu près loyal et nous avions accepté de leur confier Chasseur d’Images et Nat’Images, bien que ces intermédiaires soient très gourmands, rémunèrent très peu les éditeurs et les privent de toute relation avec leurs Lecteurs. Quand vous achetez un numéro ou quand vous vous abonnez à un magazine via un kiosque numérique, vous êtes le client du kiosque et l’éditeur ne saura jamais qui vous êtes.

Mais il y a pire: une nouvelle mode est apparue, qui consiste à utiliser la Presse comme chair à appâter pour amener des abonnés à des fournisseurs internet ou à des chaînes privées! Nous avons ainsi retrouvé nos titres, parmi des centaines d’autres, offerts en lecture gratuite aux abonnés de Canal + et, bientôt, de Bouygues, «?grâce?» à lekiosk.fr, qui explique sans rire que nous allons augmenter notre audience!

Voici la Presse transformée en cadeau bonus. En plus produit pour racoler des forfaits téléphone. On s’étonnera après cela qu’il y ait de moins en moins de monde chez les marchands de journaux…

De nombreux éditeurs assistent, silencieux ou indifférents au piratage de leur production, distribuée comme cadeau de bienvenue aux abonnés des chaînes de télé ou aux opérateurs de téléphonie. On leur promet une meilleure audience, facile à revendre aux annonceurs! Belle affaire, quand on sait qu’une vente numérique fait perdre 2,3 ventes papier! En offrant la Presse en pâture aux opérateurs, quelques intermédiaires s’enrichissent tout en menant les titres qui se laissent faire à une disparition rapide et inéluctable. Car qui peut croire que ces millions de personnes, abreuvées de presse gratuite qu’ils ne liront pas, retrouveront un jour le chemin des kiosques? Et qui peut croire qu’un magazine puisse survivre s’il ne lui reste plus que les maigres subsides versés par des intermédiaires toujours plus gourmands et si peu responsables?

Chasseur d’Images n’est pas de la chair à appâter. On n’a rien contre le principe d’être offerts aux abonnés de Canal+ ou de tout autre opérateur, mais, dans ce cas, on veut offrir des téléphones et des abonnements aux chaînes cochonnes à nos Lecteurs! Dans l’immédiat, nous avons retiré nos titres du catalogue lekiosk.fr.

Bref, si vous voulez nous lire sur tablette, l’édition numérique reste accessible via Zinio et Relay. Mais le mieux serait de rendre visite à votre diffuseur de Presse qui, lui, pratique un commerce loyal et reste l’un des derniers garants de la liberté et de la diversité de la Presse.

Peut-être que cette manière de ne pas jouer le jeu n’est tout simplement pas rentable pour les éditeurs, mais qu’elle finit aussi par se retourner dans la figure des kiosques numériques, même si Relay est ici épargné par Guy-Michel Cogné.

Que faire, maintenant?

Retourner vers la presse en vrai papier est pour moi hors de question.

La plupart des journaux que je lisais se retrouvent sur Le Kiosk.fr, je m’y rabattrai donc à partir de fin février même si je n’apprécie pas le comportement décrit par Jean-Michel Cogné.

Comme Chasseur d’Images n’est plus disponible que sur Zinio, je m’abonnerai à ce journal via cette plateforme. Ce sera un abonnement spécifique.

Cela compensera l’abonnement lui aussi spécifique que j’avais sur Diapason, magazine qui n’était pas dans Relay et que je prenais en abonnement sur l’App Store, alors qu’on le (Dispason donc) retrouve sur Kiosk.fr.

Pour en revenir à mon titre (un peu long pour un titre, j’en conviens): Relay s’arrête: l’iPad n’est-il pas une plateforme d’avenir pour la lecture de magazines?, je devrais peut-être le transformer en Relay s’arrête: le magazine papier au format PDF a-t-il un avenir?

J’espère bien que oui…

Parce que j’apprécie ce format.

Mais rien n’est acquis dans le monde de la presse, qu’elle soit électronique ou simplement papier.