Acheter local, vraiment? Bio, évidemment, mais sinon…

Bien évidemment, je privilégie le local depuis des années et des années, comme beaucoup j’imagine, parce que, même s’ils sont un peu plus chers, les produits régionaux évitent des transports inutiles, rétribuent plus ou moins correctement les agriculteurs, en tout cas bien mieux que les ouvriers marocains le sont en Espagne, pour ne prendre que cet exemple et pour ne pas parler des ouvriers africains exploités et à la limite de l’esclavage en Italie.

L’autre raison qui me faisait préférer le local, c’est que j’avais une certaine confiance dans l’agriculture suisse en ce qui concerne les produits utilisés, qu’ils soient phytosanitaires ou organiques.

Cela dit, cela fait de nombreuses années que Madame K ne jure que par le bio, mais nous ne nous y sommes mis, pour la très grande majorité des produits que nous consommons, que depuis 3 ans.

Depuis cette époque pour ne prendre que cet exemple, et sauf lorsque nous sommes en visites ou qu’on nous offre une bouteille, nous n’achetons plus qu’exclusivement du vin biologique.

À l’école, nous avions une action « Pomme à la récréation » qui proposait à nos enfants une pomme chaque jour pendant trois semaines pour un prix dérisoire.

Jusqu’au jour où nous sommes tombés sur une série d’émissions montrant que les pommes étaient traitées jusqu’à 15 fois avant leur récolte et que l’on retrouvait la trace de ces produits même si on lavait la pomme (mais de ça, on s’en doutait un peu), et même si on la pelait, les produits entrant jusque dans la chair.

Comment? J’organisais une distribution de pommes en pensant faire du bien aux élèves de notre école alors que, quelque part, je leur enfilais des produits dangereux (mais non voyons, c’est toujours dans des proportions qui ne péjorent pas la santé qu’ils disent…)?

Qu’avons-nous fait alors?

Après avoir demandé aux producteurs qui sont partie prenante de cette action s’ils pouvaient nous fournir des produits bios et qu’ils nous ont répondu par la négative, j’ai pris contact avec un fournisseur de la région, bio, qui nous fournit des pommes de qualité depuis trois ans.

Bien sûr, tout cela a un prix: au lieu de trois, notre action ne dure plus que deux semaines, pour la même somme. Nous avons expliqué la chose aux parents qui ont joué le jeu en nous remerciant pour notre nouvelle démarche.

Les pommes ont un succès fou, il est vrai qu’elles sont merveilleusement juteuses, et savoureuses, tout en étant magnifiques.

Qu’ils sont loin les clichés sur le bio qui ne proposerait que des légumes moches et abîmés!

Mais nom d’une pipe, ça n’a pas été simple de trouver un producteur de la région, un producteur vaudois.

Ils n’ont pas vu les mêmes émissions de télévision que nous? Ils n’ont pas lu les mêmes articles de presse?

Cela fait bien quelques mois que je me dis que je vais écrire ici mon ras-le-bol de ce que nous vivons ici, mais je ne voulais pas brusquer les choses.

Pas plus tard que vendredi, j’ai discuté avec deux amis paysans concernés par la chose, qui se posent beaucoup de questions et qui viendront sûrement tôt ou tard au bio.

Je sais bien que passer au bio fait peur, que c’est une réelle révolution pour l’agriculture, que les écoles d’agriculture, et c’est tellement lamentable, ne l’enseignent que très peu.

Mais enfin, dans le village d’à côté de celui où je vis, il y a un paysan qui fait du bio depuis trente ans et qui a été la risée de tous ses collègues. Même actuellement, de nos jours, il est tenu à l’écart des autres.

Depuis trente ans, il produit du bio et le vend dans des marchés, ou directement à la ferme.

Alors pourquoi lui ça marche, depuis trente ans, et que cela ne fonctionnerait pas chez les autres?

Je me pose la question depuis plusieurs mois de savoir pourquoi nos laiteries vaudoises ne vendent, pour la plupart, aucun fromage bio, ni de leur production, ni en provenance d’autres cantons ou d’autres pays puisque des fromages suisses et français y sont proposés.

Tout cela alors que des fromages bios suisses ou français peuvent être achetés à la Coop ou à La Migros sans problème.

Certes, ces deux grandes surfaces (et plusieurs autres, comme Aldi) vendent le bio en augmentant encore leurs marges, comme cela a été prouvé dans plusieurs enquêtes, mais au moins, au moins, elles font d’énormes efforts pour le promouvoir, et il se trouve que cela fonctionne plutôt bien, les Suisses en demandant toujours plus.

Alors pourquoi certaines petites épiceries de campagne, alors que ce serait pour elles un créneau, une sorte de niche, continuent-elles à acheter leurs légumes à l’étranger ou en local, mais issus de l’agriculture traditionnelle?

Pourquoi nos laiteries sont-elles comme allergiques au bio?

Je voulais faire un article en donnant la parole aux uns et aux autres, mais ce dimanche, ça a été la goutte d’eau (polluée?) qui a fait déborder le vase et qui me fait réagir bien plus vite que prévu.

Cette goutte, c’est donc cet article du Matin Dimanche qui nous explique que la Suisse va mettre deux ans pour supprimer 13 produits phytosanitaires que Bruxelles interdit désormais.

Lisez plutôt…

 

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Le Matin Dimanche du 16 juin 2019

On trouve toutes les raisons de jouer la montre, comme on peut le lire plus haut, les services se renvoyant la balle.

Deux ans de perdus, en admettant que ces produits soient interdits un jour, ce qui n’est même pas sûr.

Le lobby paysan dans nos instances dirigeantes est encore tellement fort, qu’il faudra du temps pour que les choses bougent.

Et ce qu’il y a d’étrange, c’est que c’est une bataille perdue…

25 % du vignoble neuchâtelois est bio, et le pourcentage augmente régulièrement, il n’y a pas d’alternatives, tant pour notre santé que celle de nos terres et pour la biodiversité.

Lorsque je regarde les informations françaises, je me dis que le bio fait un sacré bout de chemin dans ce pays, qu’il n’y a pas un jour où on n’en parle pas sur une chaîne.

Et nous alors, on fait quoi? Je constate qu’autour de moi, on traite toujours.

En ce qui concerne mes achats, de mon côté, c’est clair, si dans un magasin j’ai le choix entre:

  • du bio local et bio étranger, j’achète le bio local;
  • du bio étranger et du traditionnel local, j’achète le bio étranger, malgré l’impact CO2 négatif, et même si ce n’est pas tout simple, qu’il y a des arguments pour et des arguments contres et que je n’ai malheureusement pas le temps de développer ici, on verra si on le fait en commentaires;

Sur ce dernier point, j’hésitais un peu jusqu’à il y a peu, mais j’avais finalement déjà choisi mon camp.

Ce qui est tout nouveau pour moi, et suite à cet article, c’est que je suis en train de me rendre compte que lorsque je n’aurai le choix qu’entre le traditionnel suisse et le traditionnel étranger, en tout cas pendant deux ans et parce que pendant ce laps de temps, je me sens mieux protégé par l’Europe que par la Suisse, je vais acheter des légumes et des fromages européens, et sachez que ça me fait mal, parce que j’aimerais plus que tout soutenir notre agriculture.

Qu’elle fasse le nécessaire et j’y reviendrai.

Qu’elle le fasse vite.

Maintenant.