Elina Duni: Partir

Je suis tombé l’autre jour sur une interview de la chanteuse de jazz d’origine albanaise, Elina Duni (non Caplan, je ne me suis pas trompé sur le nom, cette fois).

J’ai écouté sa reprise de Brel, Je ne sais pas.

Je roulais, dans une voiture pas particulièrement silencieuse, avec une installation tout à fait ordinaire, dans le mauvais sens du terme, et pourtant, il n’y avait plus que le piano et sa voix simplement incroyables dans la voiture.

Plus rien d’autre que cette chanson ne comptait pour moi, et j’imagine que je roulais en ayant la priorité de droite en mode tout à fait inconscient et automatique.

La voix, je le disais, est incroyable: à la fois pleine et limpide, comme sortie des tréfonds.

Le phrasé, même dans ces arrangements incroyablement dépouillés, reste celui d’une de ces chanteuses de jazz avec un groove juste prenant. Certains parlent de Billie Holiday (avec qui je cours depuis une semaine, qu’est-ce que c’est beau!). Il y a quelque chose, c’est vrai.

La dernière œuvre, en suisse allemand, a capella, est d’une beauté à couper le souffle.

Comment une voix seule, ou alors simplement avec une percussion (qu’elle joue elle-même, comme le piano et la guitare) peut-elle remplir l’espace avec une telle intensité?

Mystère.

Mais c’est qui cette Elina Duni dont je n’avais jamais entendu parler, malgré ses 7 premiers albums, à ma grande honte?

Qui peut mieux parler de son début de carrière que son propre site?

Née à Tirana, Albanie, en 1981, dans une famille d’artistes, 
Elina Duni monte sur scène pour la première fois à l’âge de cinq ans et chante pour la Radio et Télévision Nationale ainsi que dans divers festivals pour enfants.
En 1992, suite à la chute du régime communiste, elle arrive en Suisse et s’installe avec sa mère à Genève où elle étudie le piano classique et découvre le jazz.
Après divers projets de musique, de films et de théâtre, elle étudie le chant, la composition et la pédagogie à la Haute École des Arts de Berne, section jazz. 
En 2005  elle crée le Elina Duni Quartet avec Colin Vallon au piano, Bänz Oester puis Patrice Moret à la basse et Norbert Pfammatter à la batterie, un retour aux sources musicales qui mélange les chants folkloriques des Balkans au jazz.
Après deux albums «?Baresha?» (2008) et «?Lume Lume?» (2010) chez Meta Records, le quartet publie en 2012 chez ECM «?Matanë Malit?» (Au-delà de la montagne), et  en 2015 «?Dallëndyshe?» (Hirondelle). Les chansons albanaises se retrouvent ici pleines de légèreté et de rythme et la presse européenne leur réserve un accueil très chaleureux.
En 2014, Elina Duni publie au Kosovo et en Albanie son premier album solo en tant qu’auteur-compositeur «?Muza e Zezë?» (La Muse noire).
En 2017,  elle est l’une des lauréates du Prix suisse de la Musique et entame trois nouveaux projets:
  • Un duo avec le guitariste londonien: Rob Luft 
  • «?Tribute to Billie Holiday?» avec le pianiste Jean-Paul Brodbeck 
  • «?Aksham?» un quintet avec le pianiste Marc Perrenoud et le trompettiste David Enhco 
La création solo «?Partir?» où Elina s’accompagne à la guitare, au piano et aux percussions, sort sur ECM en avril 2018
Lors de cette interview, Elina Duni parlait de son dernier album, sorti ce dernier vendredi: Partir.
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Je lui laisse encore une fois la parole, toujours à travers son site:

Partir (départ) Texte, musique, arrangements et interprétations de chansons traditionnelles d’Elina Duni.

Nous partons tous d’une manière ou d’une autre, liés à ce que nous aimons, et c’est le point d’origine de cette création particulière.

Tout au long de «?Partir?» (neuf moments accompagnés de chansons en neuf langues différentes), nous parcourons les abysses les plus profonds de la souffrance, le cœur rugueux comme un désert, pour enfin arriver au refuge ultime, la joie.

C’est à travers sa voix, accompagnée à tour de rôle par la guitare, le piano et les percussions, que ce voyage peut devenir à la fois singulier et universel.

Ce disque est une splendeur, c’est tout.

C’est clair, on ne va pas sauter de joie en l’écoutant, tant il est intense, mais on va déguster la chose comme un tout grand vin, en savourant, tellement c’est beau.

Tiens, un passage de la critique de Qobuz:

Pour mettre en valeur l’expressivité de sa voix, elle a logiquement opté pour des arrangements épurés. Dans ce contexte, ce chant mis de la sorte en exergue devient le solide fil rouge du répertoire éclectique qu’elle a choisi. Un organe souvent bouleversant, notamment lorsqu’elle chante la souffrance et propose ainsi une sorte de fado des Balkans, comme un blues européen marchant sur les brisées de Billie Holiday, ultime ambassadrice des failles humaines qu’elle admire plus que tout au monde. On sort sonné par la beauté jamais pesante de ce qui s’avère le plus beau disque d’Elina Duni à ce jour… © Marc Zisman/Qobuz

Et puis, ce très beau film présentant l’album:

On se cale dans son canapé, bien centré entre ses enceintes, on se sert un bon verre de rouge, et on écoute…

Chut…