L’autre jour, je me suis rendu, l’un après l’autre, chez mes deux revendeurs photo préférés à Lausanne, et, alors que ça ne m’était jamais arrivé, je suis tombé pratiquement deux fois, d’abord chez l’un, puis chez l’autre, sur la même scène.
La première, je vous explique: un jeune, bien mis sur lui, entre dans le magasin.
Pas la brute épaisse qui ne réfléchit à rien, que ça se voit sur lui, hein!
Il sort de son sac à dos trois jolis petits appareils photo Kodak pour développer les images qui sont dedans.
Déjà, trois appareils… Ah bon?
Et c’est là que je comprends (assez vite, assez vite, je ne suis pas complètement bouché non plus) qu’il s’agit d’appareils jetables.
Je vois la vendeuse les casser devant moi pour sortir les films de 27 poses.
Alors là, je m’offusque un tantinet à propos de ce que je vais expliquer plus bas, mais cela ne semble déranger personne autour de moi!
Je passe ensuite chez mon autre revendeur, un peu plus au sud de Lausanne, et là, une étudiante, visiblement, amène son appareil photo jetable, lui aussi, pour faire développer son contenu.
Mais là, j’étais déjà tellement énervé que je ne me souviens pas de la marque, peu importe.
Je refais ma petite scène, d’offuscation (ça existe offuscation? J’aime bien, tant pis), mais là aussi, même si le vendeur me comprend, il m’explique que c’est comme ça, qu’il faut faire avec.
Mais ce n’est pas tout!
Quelques jours après, je regarde, sur Youtube, un épisode de la chaîne que j’apprécie beaucoup « Le bistrot de la photo » qui intitule sa dernière production « Les appareils photo jetables, est-ce bien???? »
Vu les quatre points d’exclamation du titre de la vidéo, je me suis dit que lesdits appareils photo jetables allaient s’en prendre plein la tronche en matière d’écologie!
Eh bien, croyez-le ou pas, sur 36 minutes et 17 secondes, pas un mot, pas UN vous m’entendez (ou plutôt me lisez), pour émettre une minuscule critique sur le scandale écologique que représentent ces appareils photo!
Au contraire, ils sont plutôt mis en avant par la chaîne, puisque la qualité des photos n’est pas épouvantable, je n’en suis toujours pas revenu.
Table des matières
Mais pourquoi s’offusquer, contre ces appareils, dites-moi?
Il y a de quoi devenir dingo, quand on réfléchit la moindre, sur ces appareils de photo jetables, et ceci à plusieurs niveaux.
Commençons par le commencement, et parlons émanation de CO2
Je précise que je prends les chiffres de la plateforme de vente en ligne Digitech Galaxus, qui prend en compte l’appareil lui-même, sa fabrication bien sûr, mais également le transport.
L’appareil jetable Kodak Fun Saver
Un appareil de photo jetable à succès en Suisse, c’est celui-ci, que je vous ai déjà montré plus haut, et que je vous redonne en pâture pour vous éviter d’user votre index en scrollant vers le haut.
- Kodak Fun Saver
- Prix 16.90 francs suisses
- 27 poses (après, on fout loin la chose, pas le film, hein, tout l’appareil)
- 25.8 kg de CO2 pour le fabriquer, lui et son film.
L’appareil photo NON jetable Kodak M35
Si cela ne vous dérange pas (et même si ça vous dérange, j’écris encore ce que je veux, non, mais!), mettons-le en concurrence avec un appareil de la même marque, qui n’est PAS jetable, le Kodak M 35
- Kodak M35
- 33.70 francs suisses
- 18.46 kg de CO2 UNE fois.
- Nombre de poses: infini, il suffit de changer le film.
Vous remarquerez que cet appareil est moins consommateur de CO2 qu’un appareil jetable, c’est normal, le film n’est pas compris dans le décompte.
Il faut donc rajouter un film pour cet appareil:

- Film Kokak Gold
- Prix: 8.95 pour 24 poses
- 5.54 kg de CO2
Cela nous donne un total film et appareil de photo non jetable de 24 kg de CO2.
Vous voyez donc qu’en matière de CO2, l’appareil NON jetable est rentabilisé… au premier film, déjà.
Et ensuite, c’est tout bénéfice, même si l’on prend en compte la pile AAA qu’il faut remplacer de temps en temps pour alimenter le flash de l’appareil non jetable.
Eh bien tiens, justement, parlons-en du flash des jetables!
Un gaspillage de matière indécent
La seule chose qui tient la route, dans un appareil jetable, c’est le film.
27 poses, quand il est fini, il est fini.
Mais alors, tout le reste… tout le reste!
- Le boîtier en plastique? Vous le jetez.
- L’obturateur: vous le jetez.
- Le flash qui pourrait encore très bien fonctionner bien après les 27 poses, vous le jetez.
- La pile du flash, elle aussi certainement encore tout à fait capable de le recharger, vous la jetez.
Non, mais, vous vous rendez compte, tout ça, en 2026, dans la merde environnementale dans laquelle on est?
Alors oui, je sais, il existe des filières de recyclage, pas toujours respectées, il va de soi.
Mais même, recyclé ou pas, avant de recycler, il faudrait peut-être imaginer qu’il ne faut pas jeter!
Non?
Ou c’est moi?
Conclusion
Mais dans quelle société nous vivons si de telles aberrations sont autorisées par nos têtes qui devraient être pensantes!
Qu’est-ce que c’est que ces sites qui vous parlent d’appareils jetables et qui n’ont pas le moindre regard critique sur ces dérives de notre société?
On me répondra la sempiternelle liberté individuelle.
Eh bien, si cette liberté individuelle amène des gens à utiliser ce genre de produits, je préfère m’asseoir dessus.
La responsabilité collective, ça existe aussi, il me semble…
Purée, on a réussi à interdire les pailles en plastique, vous ne pensez pas qu’il serait temps d’interdire les appareils jetables (plusieurs dizaines de millions d’appareils vendus par année dans le monde)?
Poser la question, pour moi, c’est y répondre, ce d’autant plus que, comme je l’ai montré plus haut, les alternatives existent, et qu’elles sont même rentables financièrement après 6 films au niveau du prix de la pose, 5 en matière du prix des appareils.
Mais prenons des chiffres pour la pose, on ne peut pas les discuter:
- 101.70 pour 6 jetables (162 poses, 0.6277 la pose)
- 87.40 pour un appareil NON jetable et 6 films (144 poses, 0.6069 la pose)
Allez, je rajoute 2 piles AAA pour l’appareil non jetable, soit 1.20 (les piles coûtent environ 60 centimes), le prix à la pose du NON jetable reste rentable: 0.6152 francs la pose par rapport à 0.6277 francs la pose pour les jetables.
Et ne me dites pas qu’on a besoin parfois de ces appareils pour dépanner!
Vous pensez vraiment qu’on prend des films argentiques pour dépanner, vous?
Le pire, c’est qu’acheter ces appareils jetables, c’est une démarche délibérée pour faire de « l’artistique »…
Et que, justement, l’art, c’est aussi avoir un minimum de réflexion, notamment écologique, non?
Alors bon, merde, quoi!
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Intéressant, et je comprends l’agacement devant la scène du magasin mais ce qu’on voit « casser » n’est pas forcément ce qu’on croit. Quand le labo ouvre le Fun Saver, ce n’est pas pour le jeter. C’est pour sortir le film. Ensuite le corps part (en principe) dans la filière que Kodak et Fuji ont construite dès les années 90 : récupération du flash et de la platine (réutilisés plusieurs cycles), broyage du plastique, réinjection.
Le gaspillage matériel reste réel.
Oui, la filière existe, mais pas partout, et même, il y a gaspillage.
Cela dit, quand j’ai vu les appareils cassés par la dame, dans un magasin photo, je peux vous assurer que rien n’était récupérable, et donc rien n’allait être récupéré…
Je suis d’accord, chaque kilo de co2 compte, mais on a aussi bcp d’autres endroits où il faudrait absolument faire de très gros efforts (aussi bien individuels que collectifs). https://www.bafu.admin.ch/fr/climatiques-q-r
Nous avons justement bientôt une initiative pour taxer les multinationales suisses qui polluent comme des bêtes à l’étranger.
Déjà, il faudra voter oui!
Mais à notre niveau, on peut déjà faire beaucoup.
Les multinationales… elles me fatiguent… toutes! Dernier exemple en date: https://www.letemps.ch/sciences/environnement/amazon-fait-construire-au-texas-une-immense-centrale-a-gaz-pour-ses-centres-de-donnees
C’est la fête!
Vive Trump, et vive nous qui donnons un max d’argent à ces entreprises.
Pour moi, en dehors des préservatifs, des mouchoirs en papier, des noyaux de fruits et quelques autres choses, le concept du « jetable » devrait être interdit!
😂
Excellent!
Ah bon, les préservatifs, on ne peut pas les retourner ?
Si bien sur … à condition de bien les laver ^^
J’ai vu la video du bistro en début de semaine.
À la décharge de Karim et Sanders, et on peut le regretter – leur propos ne faisait pas la part de l’écologie.
J’entends et approuve ton agacement François, pour avoir éprouvé le même au visionnage de la video.
En matière de jetable, le monde médical est un énorme consommateur de jetable.
On commence à en prendre conscience: il y a des ateliers et des webinaires organisés autour de ce qui est appelé « la dialyse verte ».
Pour info, en France, il y a autour de 90000 patients en dialyse. Leur traitement émet 9 t de CO2 par an et par personne et consomme autour de 500 l d’eau par séance – 156 séances par an – et par personne.
Au secours !!
Question, on peut faire mieux au niveau des dialyses?
Quant à Karim et M. Sanders, je ne comprends même pas qu’ils fassent cette vidéo.
Alors, ne même pas évoquer le problème, je ne comprends pas.
Pour ma part, un jetable m’a sauvé une fois dans un cadre professionnel, au début du numérique, dans les années 2000, alors que j’avais bêtement oublié une carte mémoire à la rédaction, qui était tout de même à 45 minutes de route de l’endroit où je devais faire la photo (à La Fouly). J’ai pu acheter un appareil jetable dans un kiosque et cela m’a dépanné. Aujourd’hui, si j’avais le choix, je prendrais bien sûr le modèle réutilisable.
Sinon je suis bien d’accord avec le gaspillage que cela représente si l’on utilisait uniquement des appareils jetables. Mais, comme pour l’automobile, l’appareil qui pollue moins est celui que l’on n’achète pas et il faudrait aussi éviter de renouveler sa gamme photographique trop fréquemment.
Oui, alors là, je ne suis pas bon (c’est un des derniers domaines dans lequel je ne le suis pas).
Mais c’est tout de même différent, quand on achète un nouvel appareil de photo, on ne jette pas l’autre.
Ceci dit, ça fait un appel d’air pour justifier une production.
Voici ce que dit Claude, sur ce sujet (et bam, une requête de plus, je sais):
Le vrai levier, dans ton cas
Vu ta pratique — tu gardes du matériel des années, tu revends plutôt que jeter (Leica SL3, Nikon Z8…), et tu passes par des filières de revente qui remettent le matériel en circulation plutôt qu’à la benne — c’est exactement le comportement qui minimise l’impact réel d’un achat comme le A7R VI. L’impact écologique d’un tel boîtier n’est pas tant dans son achat que dans la vitesse à laquelle on le remplace : un A7 gardé 8 ans a un impact annuel bien inférieur à un compact jetable renouvelé chaque année de vacances.
Comme on a tous des smartphones qui sont capables de prendre des photos, je suppose que c’est un phénomène de niche artistique. Bof…
La niche, elle fait tout de même plusieurs dizaines de millions d’appareils de photo jetables dans le monde, donc pas vraiment bob…
Alors là je suis sidéré ! Moi qui utilise même des mouchoirs en tissus plutôt qu’en papier…
je pensais que les jetables étaient plus populaires dans les pays en voie de développement que dans les pays développés où le téléphone portable fait office d’appareil photo. La suisse a bien changée 🙂
Il faut pouvoir se payer le développement et le tirage du film, donc on a les sous, on ne change pas tant que ça…🤗
« développement » « développés » il ne manque que le principal « tirés » un cadeau pour l’effet de serres…
J’ai mis du temps à comprendre que ce sont des appareils avec film argentique. J’ai d’abord cru à une blague du 1er avril ou WordPress qui remontait par erreur un article de 1996. Une fois corrigé ma mauvaise interprétation :
Justement, si, il y a trente ans, on était moins conscients de ce scandale, maintenant, tout a changé.
Il n’est plus possible d’autoriser un tel gaspillage.
Et c’est vrai, on peut se poser la question de l’argentique en matière de pollution environnementale.
Cela dit, le numérique pollue aussi, mais d’une tout autre manière.
Et l’IA…. Si on en parlait de la pollution qu’elle génère, qu’elle va générer et des conséquences sur le coût des composants, son impact sur toute la filière et même plus largement, les suppressions d’emplois, l’exploitation des ressources, etc, etc, etc… Et pourtant on est au courant.
il me semble pourtant qu’il y a des adeptes ou des utilisateurs avertis de ses services sur ce blog.
Il y a trente ans, je trouvais déjà complètement aberrant que des appareils photo jetables pouvaient exister. Je tombe de ma chaise en apprenant que cela existe encore!
Je ne connaissais pas non plus la chaîne « Le bistrot de la photo » que je vais consulter dès ce soir. Merci pour l’info.