Les photos dans le nuage, ça vous angoisse tant que ça? Faisons le point.

J’ai pu remarquer, lors du cycle des articles sur Lightroom, que vous êtes nombreux à ne pas supporter de mettre vos images sur un nuage.

Je reprends vos arguments:

  • la peur: vous avez peur que vos images disparaissent un jour en même temps que l’entreprise qui vous héberge;
  • l’écologie et ne voulez pas gaspiller des ressources en mettant vos images en ligne;
  • la dépendance: vous ne voulez pas dépendre d’un prestataire;
  • la sécurité: vous êtes professionnels et vous ne vous voyez pas mettre les photos de vos clients en ligne, ou simplement, vous n’aimez pas que vos images soient chez un prestataire qui puisse jeter un œil dessus;
  • le prix: vous ne voulez pas payer mensuellement, les images en ligne reviennent à la longue trop cher.
  • la bande passante obligatoire.

Mettons les choses à plat.

Je vais commencer par expliquer ce que le Cloud m’a apporté, et puis je reviendrai ensuite, point par point, sur les arguments listés plus haut.

Avant le numérique

Jusqu’à il y a assez peu de temps, les photos qu’on prenait, on les envoyait au labo, ou mieux, on les développait nous-mêmes, en particulier lorsqu’il s’agissait d’images en noir et blanc.

Au mieux, quand les images revenaient du labo, ou quand les avait séchées, on classait bien les négatifs, on regardait les images, on était tout contents.

Et on les glissait dans leur enveloppe ou dans un portfolio, qu’on déposait dans un carton, ou sur une étagère.

Tiens, l’année passée, suite à notre déménagement, je suis retombé sur toutes ces enveloppes.

Des images prises entre 1980 et 2000.

J’ai perdu les plus anciennes…

Ces photos étaient prises avec les meilleurs Canon (l’EOS 1 n par exemple) et les meilleurs Nikon (le F4, entre autres).

Eh bien vous savez quoi?

Mais qu’est-ce que j’ai été déçu de leur qualité!

Bon.

Il est vrai que je n’allais pas chez les photographes de la place pour tirer mes images, j’allais dans les grandes chaînes, mais même…

Lorsqu’on s’est habitués à regarder nos images sur des écrans, ou, celles que l’on aime le plus, sur de beaux tirages bien digitaux et tout et tout, en plus sur du beau papier bien épais et satiné, quelle déception face à ces images papier, en particulier en couleur, passé le plaisir de revoir certains souvenirs!

Je précise que ça faisait au moins dix ans que je ne les avais pas regardées, ces images, et qu’elles ont toujours été à l’abri de la lumière, dans une cave sèche et fraîche.

Et je mets à part les images noir et blanc que je développais moi-même et que j’ai toutes perdues (purée elles sont où?), qui gardent leur charme et leur qualité, au fil du temps.

Tout ça pour dire, que les photos, dans les enveloppes, je ne les regardais pas.

J’ai bien essayé de les mettre dans des albums, albums qui avaient un retard incroyable de plusieurs années dans leur confection.

Mais ces quelques albums, je les ai laissés à mon ex-femme, lors d’un divorce de 1993.

Plus possible de les voir, donc.

Je précise que j’étais une pince dans la gestion de mes négatifs.

Avec l’arrivée du numérique

Ma première image avec un numérique (un petit Leica Digilux de 1999, merci Mathieu de me l’avoir vendu d’occase), je l’ai toujours, comme toutes celles que j’ai prises depuis.

C’est la première grande nouveauté du numérique pour moi.

Oh, j’ai bien dû en perdre une ou deux à l’occasion d’une mauvaise manipulation, mais tellement peu…

Une fois intégré le fait qu’une sauvegarde est un minimum syndical, le numérique, c’est tout simplement une révolution magnifique.

La qualité de cette première photo de 1999, bien sûr, est restée en tout point la même depuis 1999 jusqu’à ce jour, aucune détérioration due au temps, si ce n’est le fait qu’elle peut être comparée à ce que font les appareils d’aujourd’hui. Mais même, ce petit Leica faisait des miracles.

Et puis, le numérique nous a permis de faire tout ce dont nous rêvions pour la couleur, ou tout ce que nous faisons dans les lumières blafardes rouges ou vertes dans notre salle de bains en noir et blanc, en toute simplicité.

Mais le numérique n’a pas vraiment changé le principal: une fois dans le disque dur, une fois traitées, les images, je ne les regarde presque plus, parce qu’il faut faire un effort pour le faire: brancher le disque dur externe, ce qui n’est jamais pratique, ouvrir un logiciel qui n’est pas vraiment fait pour ça (je n’ai jamais aimé regarder mes photos sur Lightroom Classic CC), pour ne prendre que ces freins parmi d’autres.

Oh, il y avait bien Flick’r, Smugsmug, ou d’autres pour faire des collections, mais là, n’étions pas déjà dans le nuage?

Le numérique traditionnel a donc été un apport fantastique pour stocker et retoucher les images, pas vraiment pour les regarder, ce qui est tout de même le but ultime du pourquoi nous faisons des photos.

Avec l’arrivée du cloud ou du nuage

Everpix, disparu aujourd’hui et que j’ai testé ici a pour moi été la première révolution, impliquant que mes images allaient passer dans le nuage, passés les Flick’r et Smugsmug dont j’ai parlé plus haut, mais qui étaient pour moi occasionnels, autant que l’étaient les albums photo en argentique.

Pensez: vos images sur un nuage, que vous pouvez voir de tous vos mobiles! Il y a 5 ans, c’était tout neuf!

Mieux, Everpix vous proposait chaque jour un extrait de quelques-unes de vos images en rapport avec la date du jour: 3 minutes de bonheur à revoir des souvenirs plus ou moins heureux, tous les matins. Des images bien enfouies au fond de mes disques durs jusqu’alors qui ressortaient comme par magie.

Concept génial plus ou moins repris par PictureLife, mort en tant que tel lui aussi.

Ces deux programmes impliquaient que vous deviez envoyer des JPEG dans le nuage. J’avais donc mis en place toute une stratégie de double catalogue Lightroom, un JPEG, l’autre RAWs qui exportait vers le premier.

C’était lourd tout de même!

Et puis voilà que l’an passé, j’ai découvert (avec un peu de retard, ce qui est assez rare chez moi, vous en conviendrez), Lightroom Mobile.

La possibilité de voir également mes images depuis mon catalogue principal, de partout, n’importe quel ordinateur, smartphone ou tablette, et même de les corriger depuis ces appareils.

Le tout se synchronisant partout.

Le tout en pouvant en un clic partager un moment avec ma famille ou mes amis qui pourront regarder les images depuis leur navigateur en toute simplicité, et qui pourront même, si je leur donne l’autorisation (un clic supplémentaire), télécharger celles qui les intéressent.

Extraordinaire.

Bien sûr, tout cela a un prix.

Ce prix, c’est en partie les arguments que j’ai listés en ce début d’article.

Mais ces arguments tiennent-ils vraiment la route, ou ne sont-ils pas quelque peu fantasmatiques?

C’est ce que je vais essayer de décortiquer maintenant.

Commençons par le dernier point listé en début d’article parce qu’il va vite être traité.

Oui, le Cloud nécessite une bande passante de qualité. Si vous n’en avez pas, ou si vous n’y avez pas facilement accès, c’est rédhibitoire.

Par contre, avec un logiciel comme Lightroom, vous pouvez très bien être éloignés d’une connexion quelques jours (pas plus de quinze pour ce logiciel, parce qu’il doit vérifier une fois tous les quinze jours que vous êtes bien abonnés): le logiciel travaillera avec les images en cache qui attendent d’être développées, et qui seront synchronisées en temps voulu.

Mais bon, il faut l’admettre, sans une bonne connexion, oubliez le nuage, il n’est pas fait pour vous.

Le risque de perdre ses photos parce que le prestataire s’arrête ou augmente ses prix (impliquant l’arrêt de l’abonnement)

En argentique

L’avantage certain de l’argentique, c’est que perdre l’intégralité de ses photos dans le laboratoire prestataire est inexistant. Cela dit j’ai plusieurs fois entendu parler de professionnels ou d’amateurs ayant envoyé des sachets contenant les bobines de film qui se sont perdues soit quelque part dans le labo, soit pendant le trajet, sous la responsabilité de la poste. Ça m’est même arrivé une fois, heureusement, pas au retour d’un voyage.

En numérique local

En numérique local, à moins de faire de fausses manipulations, ce risque est faible. Il faudra, le jour venu, convertir les JPEG vers un nouveau format, ou penser à passer vos RAWs en DNG s’ils sont abandonnés par votre logiciel.

La mort d’Aperture n’a pas tué les images de ceux qui travaillaient dessus. Un convertisseur a même été mis à disposition pour passer son catalogue sur Lightroom.

En numérique dans le cloud

Le cloud ne va RIEN changer à cela. Everpix a donné plusieurs mois à ses clients pour rapatrier ses images. PictureLife est passé chez Smugsmug, les images n’ont pas été perdues.

Et si vous désirez arrêter votre abonnement, vous pourrez récupérer vos images avant ou pendant un an chez Adobe, après votre décision.

Et puis de toute façon, il serait stupide de ne pas garder une copie de ses originaux en local.

L’écologie et le gaspillage de ressources

En argentique

Bien évidemment, les photos ne font le trajet vers le laboratoire et le retour qu’une seule fois. Mais elles le font tout de même.

De plus, les bobines ont dû être transportées au magasin, et du magasin vers chez vous.

Et puis, écologiquement, vous vous rendez compte de ce que l’on a pollué la planète avec les révélateurs, fixateurs, et les métaux lourds que l’on a rejetés, je ne sais pas trop où? Certes, actuellement, les produits ont beaucoup progressé, mais tout de même!

En numérique local

Là, si l’on fait abstraction des produits lourds que l’on retrouve dans les entrailles de nos ordinateurs, mais ces mêmes ordinateurs servent à d’autres tâches également, il n’y a pas grand-chose à reprocher en matière d’écologie à la gestion de photos numériques.

Certes, il y a l’électricité consommée pour les traiter et les regarder. Mais l’impact écologique est tout de même minime.

En numérique dans le cloud

Beaucoup reprochent au Cloud d’être énormément énergivore.

C’est certainement vrai, mais, comme le montre cette étude de Greenpeace, les choses évoluent très rapidement dans le bon sens. Apple et Google montrant l’exemple (Apple est véritablement championne en la matière, bravo!).

Je vous recommande donc cette lecture. Certes, tout n’est pas rose, mais, du moment que les Data Centers utilisent énormément les énergies renouvelables (Apple est à 83 %!), l’impact sur la planète est déjà moindre que l’apocalypse annoncée par certains

Et l’on y va, quand on n’y est pas déjà, vers cette utilisation maximale des énergies propres.

À ce propos, vous verrez qu’Adobe a encore des progrès à faire, mais a rejoint le mouvement.

Et j’insiste, je ne suis pas un défenseur du progrès pour le progrès, j’ai pris Greanpeace comme référence, pas des entreprises électriques, qu’on se le dise.

Vous ne voulez pas dépendre d’un prestataire

En argentique

En argentique, vos photos, une fois sorties du labo, vous appartiennent, vous faites ce que vous voulez avec elles.

En numérique local

En numérique… que vous soyez dans le cloud ou pas, vous faite ce que vous voulez, vous dépendez du prestataire, j’entends par là du logiciel que vous avez choisi pour traiter vos RAWs.

Je parle plus de dépendance de votre travail que de vos images en tant que telles.

Que je sois sur Lightroom, Capture One, Aperture (RIP) ou Photo, si je travaille avec des RAWs, tout le travail que je fais dessus (recadrage, retouche d’image, améliorations diverses) est lié à mon logiciel.

Je sais qu’il a été possible de passer d’Aperture vers Lightroom sans que ce soit l’horreur absolue.

Mais là, je suis sur Lightroom: croyez-vous que ce soit facile de passer sur Capture One sans perdre mon travail?

Prenons un exemple.

Si les responsables de Luminar veulent faire en sorte que leur programme devienne une alternative en 2018 à Lightroom, ce qu’ils prétendent devenir en intégrant un catalogueur à leur logiciel l’an prochain (gratuitement pour leurs clients qui achètent Luminar 2018 dont je vais parler très bientôt), que vont-t-ils devoir faire s’ils veulent être crédibles et avoir une chance de faire passer bon nombre de clients Lightroom vers leur logiciel?

Ils devraient (ils ne l’annoncent pas, mais ils devraient) proposer des scripts reprenant nos réglages Lightroom (ou Capture One, ou Photo), évidemment. Convertir notre catalogue dans leur catalogue.

Mais même si c’est le cas, ses moteurs de développement ne sont pas les mêmes d’un logiciel à l’autre. Donc vous n’aurez pas exactement les mêmes images. Le recadrage, ce sera certainement bon, mais pour le reste?

Et ceci, voyez-vous, c’est totalement indépendant du cloud ou de tous les nuages qui vous font si peur.

En numérique dans le cloud

Du moment qu’on est chez Adobe, que ce soit sur le nuage ou sur votre disque dur, la difficulté de changer de logiciel est la même. Seule différence? Si vous n’avez pas gardé vos originaux (ce qui serait de toute manière une grave erreur), il vous faudra les télécharger, ce qui se fait très simplement, par exemple chez Adobe, avec leur Adobe Downloader dont j’ai parlé ici, et ceci avec tous les réglages et le travail que vous avez fait.

Si vous travaillez en JPEG ou en TIFF, évidemment, il est très simple de changer de logiciel.

Mais le Cloud n’empêche alors rien puisque là aussi, il est possible de rapatrier nos photos très simplement.

C’est d’ailleurs une option à réfléchir lorsque vous voulez changer de logiciel: j’exporte l’intégralité de mes RAWs en JPEG ou en TIFF, et je me contente du travail que j’ai effectué jusqu’alors qui me conviendra à 90 %.

Comme je garde évidemment les RAWs, les photos que je veux modifier après coup pourront l’être à nouveau en repartant du RAW d’origine.

Bref: pour moi, cette dépendance au prestataire parce que l’on parle de Cloud est un faux problème. On dépend plus ou moins d’un prestataire du moment que l’on traite nos images et que l’on ne veut pas perdre notre travail dans un logiciel.

C’est tout.

Sécurité des images

En numérique

Alors là, vous m’excuserez…

Vous vous rappelez des reportages que l’on pouvait visionner à propos des laboratoires photo?

Les bandes de photos qui se promenaient à travers les machines dans tout le labo?

Le nombre de personnes qui pouvaient y avoir accès?

La sécurité était nulle, il fallait simplement faire confiance non seulement dans l’entreprise, mais dans l’éthique de ses employés.

Non, franchement, à moins de développer soi-même, je pense que les secrets de nos images n’étaient de loin pas assurés à l’époque, certainement moins que maintenant.

En numérique local

Sécurité absolue, rien à dire, en admettant que l’on ne se fasse pas piquer son disque dur externe ou que l’on ne l’oublie pas dans un restaurant (je l’avais toujours sur moi, ce disque externe, au cas où, d’ailleurs je l’ai toujours dans une poche de ma serviette).

Mais bon, on peut aller plus loin et crypter le disque. Donc oui, la sécurité en numérique local peut être presque assurée.

En numérique dans le cloud

Je suis d’accord avec vous, il faut faire confiance…

Rien ne dit qu’Adobe, Apple ou d’autres ne vont pas « regarder » vos images.

Alors, je ne dis pas, pour des images particulières (reportage politique pointu, sur la mafia ou d’autres, photos industrielles avec secrets de fabrication), on peut se poser la question.

Mais pour nos images? Franchement, vous pensez qu’ils vont s’y intéresser, chez Adobe ou Apple?

Et pour les photographes professionnels qui ne veulent pas mettre les images de leurs clients sur le nuage, j’apprécie leur éthique. Mais leurs clients se soucient-ils de la sécurité de leur disque dur, dans leur bureau?

Je pense qu’il n’y a pas beaucoup plus de risques à mettre nos images sur le Cloud qu’à les envoyer, comme nous le faisions avant, dans un laboratoire.

Le prix

En argentique

Vous rappelez-vous de ce que l’on vivait, du temps du numérique?

La cartouche de film coûtait son pesant de cacahuètes, et les tirages, si l’on voulait de la qualité, n’étaient de loin pas donnés.

Pour 36 poses, il fallait compter, film compris, avec tirages 10/15, pas loin de 35 €, en Suisse, 20 si vous passiez par un discounter.

Si l’on tirait soi-même, ce n’était pas donné non plus.

En numérique local

Alors je sais… le numérique a gâché le plaisir pour certains.

Le plaisir de prendre du temps pour cadrer, justement parce qu’il ne fallait pas gaspiller, alors que maintenant, on mitraille à tout va.

Le plaisir d’attendre l’arrivée des photos chez le marchand ou dans votre boîte aux lettres: l’instantanéité du numérique a fait gicler tout ça.

Enfin tout de même: je sais qu’il reste des amoureux de l’argentique, mais vous, vous aimeriez y revenir?

Mais nous parlions du prix: là, avec un logiciel gratuit, vous faites des miracles, vous pouvez regarder vos images sur votre ordinateur.

Reste l’envie d’imprimer les plus belles, et ça, ce n’est pas donné non plus. Un beau tirage chez Picto ou d’autres ne coûte pas moins cher qu’en argentique, mais la qualité est au rendez-vous.

En numérique dans le cloud

Là, vous allez devoir payer un abonnement.

Allez, je prends celui d’Adobe pour la photo, assez onéreux, et parce que beaucoup en parlent très négativement ces temps particulièrement: vous allez payer 35 francs par mois (32 € si je ne fais erreur, je n’ai pas le prix français sous la main) pour disposer des logiciels Photoshop, Camera Raw, Bridge, Lightroom CC 2018 et Lightroom Classic CC, mais aussi pour disposer de 2 Tb d’espace disque, ce qui n’est pas rien. 1 Tb seulement coûtera 10 € moins cher environ.

Ces 35 francs mensuels, ils ne se rapprocheraient pas un peu de ce que vous dépensiez à l’époque pour la photo argentique, juste pour photographier 36 poses?

Et ne me dites pas que vous ne faisiez pas un film par moi, si vous aimiez la photo, c’était un minimum.

Alors bon, le prix des clouds, un scandale? Il faudrait simplement comparer, et puis remettre les choses à leur place.

Non?

En conclusion

En ce qui me concerne, il est clair que je conclus de cet article que le Cloud est une solution formidable.

Il ne faudrait pas qu’on me l’enlève, je serais tout perdu.

Et vous?

Vous pensez quoi de ce qui précède?