Johnny à la fois symphonique et intime

J’ai vu venir ce dernier disque posthume de Johnny avec une certaine angoisse.

Il faut dire que, nonobstant tout le tintamarre de sa succession sur laquelle je ne me prononce pas, j’apprécie le bonhomme avec qui j’ai eu un peu l’impression de vivre depuis que je suis petit.

Alors là, un album de 12 de ces chansons (plus une intro à part) les plus connues, accompagnées par le London Symphonic Orchestra, n’était-ce pas simplement une machine à faire encore un peu plus de pognon sur la mort du chanteur?

Voyant vendredi l’album sur Qobuz, je me suis dit que j’allais papillonner, passant rapidement sur certains titres.

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Et puis j’ai écouté l’introduction, la première chanson, la seconde, et je me suis assis, ne pouvant pas décoller de cette écoute avant la fin de l’album.

Yvan Cassar, un homme qui vient de la musique classique qui collabora avec l’artiste pendant 15 ans, avait pu, pendant toutes ces années, discuter avec lui de ce qu’apporterait à ses chansons un orchestre symphonique. Il a pu parler avec Johnny de musiques de film qu’il aimait tant, tentant même à certains moments quelques expériences pour ses propres chansons, mais qui n’avaient jamais abouti à un tout.

Le but de cet album, explique Cassar, c’est de rendre hommage à la voix “opératique” de Johnny, retrouver ces moments où il répétait seul avec lui, juste avec un piano, où son timbre pouvait ressortir sans la moindre barrière, en profitant pour cette réalisation de la qualité parfaite du studio pour l’orchestre.

Pour Cassar, cet album est un moyen de donner au public de Johnny la toute simplicité de sa voix, sans toute cette réverbe qu’on a pu a ajouter à certains albums, “juste la voix, la voix, la voix”, cette voix qu’il entendait dans son casque ou ses enceintes quand ils travaillait avec lui en toute intimité en studio.

Cela peut paraître paradoxal alors que sa voix est entourée d’un orchestre et d’un chœur, mais c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit: sa voix est magnifiée dans cet album.

Yvan Cassar reprend toutes les pistes qu’il a faites avec lui, toutes les répétitions sur scène et, comme il l’explique très bien dans cette interview à Ouest France, il fait des choix et ne garde que la voix et il lui donne l’écrin qu’elle mérite.

L’arrangeur explique par exemple que Requiem pour un fou est un mini-opéra naturellement emphatique, qu’il attendait depuis 20 ans de faire cette version, qu’il en avait discuté souvent avec Johnny qui voulait la faire, mais qu’il n’en avait jamais eu le temps ni la possibilité technique, puisqu’ici, il y a deux prises d’orchestre (donc deux fois 70 musiciens), plus les chœurs, le tout enregistré dans une église transformée en studio.

Certaines chansons, comme Marie, partent d’une recherche sur les prises alternatives lors de l’enregistrement en studio. Yvan Cassar explique très bien que les grands chanteurs cherchent différentes interprétations lorsqu’ils enregistrent un disque, et qu’ils essaient de faire passer dans chacune d’entre-elles quelque chose d’autre.

Dans ces prises, il a trouvé une version plus intimiste, un petit bijou selon lui, qu’il accompagne beaucoup plus simplement de deux guitares et de quelques cordes en son milieu.

Pour moi, cet album est une réussite.

J’en veux pour preuve Madame K qui n’est pas particulièrement fan de Johnny, qui est venue s’asseoir pendant que j’écoutais ce disque, et qui est restée à l’écouter avec moi.

Son commentaire? “J’ai toujours su que Johnny avait une voix, mais là, c’est incroyable à quel point on se rend compte de sa force et de sa beauté, oui, quelle voix!”.

Ces arrangements sont symphoniques, donc oui, parfois quelque peu grandiloquents, mais jamais ils n’écrasent le chanteur, bien au contraire, il y a comme une magie qui fait que l’on oublie quelque peu l’orchestre, qu’on a l’impression que Johnny est là et chante juste pour nous.

Une belle réussite en tout cas et Yvan Cassar peut se rassurer: il n’a pas trahi le chanteur et le public de Johnny devrait suivre.

Si cet album a coûté beaucoup d’argent et va en rapporter bien plus, ce travail va bien au-delà d’une affaire de fric.

Artistiquement, encore une fois, c’est pour moi une vraie réussite.

Je sais que d’autres sont loin d’être d’accord, ce qui n’est d’ailleurs pas un problème, comme Christophe Passer, pour le moins virulent dans le Matin Dimanche d’hier, lisez plutôt:

J’ai ainsi détesté le « Johnny » sorti il y a deux jours par son ancienne maison de disques, et vendu comme un merveilleux cadeau de Noël. On reprend la piste vocale de quelques plus ou moins tubes, avant d’engluer et de noyer le tout dans une daube variété-symphonique atroce, atroce vraiment, écœurante de sucre et de cette fausse grandeur prétentieuse qu’est supposé apporter un vernis de cordes en toc. Atroce, encore. J’ai détesté aussi parce que je suis certain qu’il aurait détesté. J’espère sans doute vainement que ce sera un énorme crash industriel, qu’il y aura dans les magasins plein de manifs de fans de Johnny, et qu’ils péteront les disques en gueulant « La bagarre » à tue-tête.

Comme quoi…

Et vous, qu’en pensez-vous?

L’avez-vous écouté?

Ci-dessous, le podcast “Newsroom” consacré à Yvan Cassar au journal Ouest-France du 23 octobre 2019, à l’occasion de la sortie de cet album.