Vous êtes courageux, Monsieur Berset, merci à vous

Lors du premier confinement, je n’ai pas été très tendre avec le Conseil Fédéral, et plus particulièrement avec Monsieur Berset dans un article écrit quelque peu sur le coup de l’émotion, de l’angoisse de cette pandémie qu’on ne connaissait qu’à peine.

Je reprochais au Conseil Fédéral d’être trop frileux, de ne pas aller assez loin dans les restrictions et de ce fait, ne pas jouer le jeu.

Je reprochais aussi, toujours dans cet article, à Monsieur Berset comparer sa politique à celle de ses voisins qu’il disait être de la politique spectacle. Il avait été particulièrement maladroit sur ce coup-là, et je dois dire qu’il m’avait bien énervé, du coup, j’avais été maladroit moi aussi en le critiquant parce qu’il avait bafouillé, ce qui n’était vraiment pas malin.

Cela étant, après cette première vague, les premiers résultats donnaient plutôt raison à Monsieur Berset: finalement, la Suisse ne s’en était pas trop mal sortie en comparaison des autres pays.

Les politiciens faisaient alors bloc derrière le Conseil fédéral, nous allions vers le mieux, bref, on avait tous tendance à se taper un peu sur l’épaule avec un grand sourire, jusqu’à ce qu’arrive la deuxième vague, elle, plutôt mal gérée pour deux raisons:

  • Les prérogatives n’étaient plus claires puisque les cantons avaient repris les rênes en grande partie pour les ouvertures et les fermetures, différentes dans chacun d’entre eux, bonjour les sentiments d’injustice et d’incompréhension de la population;
  • Nos politiciens commençaient alors à ne plus être d’accord, la droite voulant à tout prix rouvrir, la gauche étant plus prudente.

Lors de cette deuxième vague, pendant plusieurs semaines, nous avons été parmi les plus mauvais élèves de l’Europe, le gouvernement n’osant pas prendre de décisions drastiques alors que tous les états qui nous entouraient, qui étaient moins touchés que nous, eux, prenaient leurs responsabilités.

Monsieur Berset admet d’ailleurs aujourd’hui n’avoir pas été assez prudent lui et ses collègues du Conseil fédéral.

Et depuis un peu plus d’un mois, voilà que les nouveaux variants viennent perturber le paysage.

Voilà qu’on sent bien que les courbes remontent, touchant des populations de plus en plus jeunes puisque les personnes âgées sont maintenant heureusement protégées pour la plupart, avec un taux de mortalité notamment du variant britannique qui semble plus élevé selon les dernières études que ce que nous connaissions avant, contrairement à ce que l’on pensait il y a quelques semaines.

C’est ce moment que l’UDC suisse (notre extrême droite à nous) a choisi pour traiter Monsieur Berset de dictateur, comparant également notre pays à une dictature.

Cette même extrême droite qui, avec quelques radicaux (un parti bien à droite aussi, en Suisse) a tenté de faire entrer dans la loi, il y a deux semaines, une date de réouverture des restaurants pour le 22 mars, comme s’ils ne comprenaient pas que la Pandémie, elle, n’obéit pas aux lois.

Des véritables petits gamins criseux qui tapent du pied en hurlant « moi je veux, moi je veux ».

Ces mêmes petits enfants criseux qui ne supportent pas que, la semaine passée, le Conseil fédéral donne un espoir d’ouverture (sous une telle pression, ils ne pouvaient pas faire autrement) nos 7 sages ayant déclaré:

«nous verrons la semaine prochaine si nous pouvons ouvrir le 22 mars, parce que pour l’instant, trois des quatre indices qui nous aident à décider des assouplissements ou des restrictions plus dures ne sont pas bon”,

et que vendredi passé, parce que les conditions se sont encore détériorées, ce même Conseil fédéral finalement décide de ne pas rouvrir les restaurants, les théâtres, les cinémas.

« Mais papa, t’avais dit que tu rouvrirais, c’est trop injuste que finalement, tu ne le fasses paaaaas », hurlent-ils en pleurant, vexés parce que le Conseil Fédéral a juste pris ses responsabilités.

Eh bien, sur ce coup, vendredi après-midi, Monsieur Berset, je vous ai trouvé incroyablement courageux, et cela fait d’ailleurs un moment que vous m’épatez.

D’abord, on vous envoie tout seul annoncer les mauvaises nouvelles, déjà ça, je ne trouve pas terrible, et vous avez magnifiquement assumé, montrant à la fois votre tristesse, votre grande lassitude, mais aussi votre détermination.

Votre manière de dire

« nous avons déjà fait l’erreur de rouvrir trop tôt lors de la première vague, nous avons fait une erreur lors de la deuxième vague en n’étant pas assez prudent, on ne va tout de même pas refaire la même chose une troisième fois ou bien? »

eh bien c’était exactement ce qu’il fallait dire, lorsqu’on est à la tête d’un état.

Bref, je suis fier de vous et, puisque vous dites que le Conseil fédéral est uni comme jamais dans toutes ces décisions pas faciles à prendre, je suis fier de vous sept, même si, je le répète, les autres membres du collège n’auraient pas dû vous laisser seul face à la presse vendredi, sachant à quel point vous êtes sous la pression de certains qui vous voient comme l’incarnation de tous les problèmes que nous traversons.

Oui, vous avez pris courageusement la seule décision raisonnable.

Non, vous n’êtes pas un dictateur, ou alors tous les dirigeants des pays qui nous entourent le sont aussi, voire sont bien pires, puisqu’ils vont bien plus loin que nous.

Que ce soit très clair, je sais mon privilège de pouvoir continuer à travailler, et Dieu sait si je le fais avec encore plus de détermination depuis un an, et je sais mon privilège de toucher mon salaire à la fin du mois.

Je suis conscient que ce qui arrive à toutes celles et à tous ceux à qui on interdit de travailler, dans la restauration et dans la culture notamment, ce doit être absolument épouvantable.

Mais rouvrir n’est actuellement certainement pas la solution pour autant.

La solution, ce sont des aides massives qui ont été en grandes parties votées et qui commencent à arriver, malheureusement bien tard. Il faut accélérer le mouvement.

Des aides massives même pour ceux qui ne sont pas des cas de rigueur parce qu’ils sont perdu moins de 40% de chiffre d’affaires.

Parce que moi, si on m’enlève 39% de mon salaire, je ne sais pas comment je pourrais m’en sortir, et je ne suis pas sûr que les politiciens qui ont fixé ce seuil pour que l’on puisse toucher des aides puissent le faire non plus.

Oui, il faut aider, aider encore, tous ceux, sans exception, qui ne peuvent plus tourner parce qu’on les empêche de travailler.

Et parallèlement, gérer la situation sanitaire alors qu’on sait que, dans quelques semaines, tout cela ira mieux puisque nous serons bien plus à être vaccinés: il n’y a qu’à voir comment les choses évoluent en Israël, c’est réconfortant, non?

En ce qui me concerne, je peux me passer d’aller au restaurant, au théâtre ou au cinéma pendant quelque temps encore, surtout que l’offre culturelle à la télévision ou sur Internet est florissante.

Je me réjouis de pouvoir refaire toutes ces choses-là, mais je peux encore attendre quelques semaines, même quelques mois.

Ceux qui nous offrent ces prestations par contre ne peuvent plus attendre, et je le répète encore une fois, aidons-les massivement pour qu’ils puissent se maintenir à flot et vivre dignement, afin de pouvoir être là dès qu’il sera possible de rouvrir, rouvrir, oui, mais dans la mesure du raisonnable.

Je crois savoir que nous en avons les moyens, même si nous savons que cela va coûter très cher.