Jean Maurer, des artisans au service de l’audiophilie depuis 50 ans

Jean Maurer, j’en rêve depuis que j’ai 18 ans.

Pas de Jean, non, mais de l’entreprise Jean Maurer et de ses produits dédiés à l’audiophilie.

Purée, ça fait 44 ans.

De tout cela, je vous en ai déjà parlé il y a 6 ans sur Cuk.ch.

Voici ce que je disais à propos de mes premiers contacts avec le son Jean Maurer:

Quand j’étais petit, soit entre 15 et 25 ans, nous étions une bande d’amis qui étaient passionnés par la musique et par la Hi-Fi.

Or, vers la fin de cette époque, oh, c’était début des années huitante, l’un de ses amis, Jean-Marc, s’était approché d’Aubonne, petit bourg vaudois un peu au-dessus du lac Léman et avait découvert à l’époque un acousticien reconnu par déjà un grand nombre de mélomanes.

C’était Jean Maurer.

Jean-Marc avait acheté des enceintes chez lui, et ne jurait que par elles et leur papa.

Nous écoutions de la musique souvent les uns chez les autres, et je dois dire qu’à l’époque, ces colonnes étaient pour moi le sommet de ce que j’avais pu entendre, l’équivalent en Hi-Fi à  ce que Girardet était pour la cuisine.

Depuis, j’ai toujours gardé dans ma mémoire ce son comme une sorte de référence.

Je les ai croisées à divers endroits, chez quelques amis, ces enceintes, et elles ne m’ont jamais déçu.

Depuis 6 ans maintenant, je vis Jean Maurer à la maison, d’abord en matière d’enceintes avec des 320E, déménagées depuis dans mon bureau, des 370E pour les remplacer puis les dernières 370F dont j’ai parlé ici depuis 2019, et pour l’ampli, un Lectron (de leur fabrication) depuis 2017, le JH32 dont j’ai parlé ici.

Au moment où j’écris ces lignes, j’écoute La Jeune Fille et la Mort, quatuor splendide de Franz Schubert, dans une version du Quatuor Talich absolument exceptionnelle de sensualité et de nuances, et je suis toujours aussi ému par la qualité de ce que j’entends sortir de cette chaîne magnifique qui me permet de profiter de toute la qualité de cette musique splendide et de l’interprétation de ces musiciens.

Le Quatuor Talich repris par le fils du créateur, Jan Talich Jr.
Ce disque n’est pas en haute résolution, ce qui ne l’empêche pas de sonner magnifiquement.

Je vis également Jean Maurer dans mon bureau, avec des enceintes 320E, plus petites, mais splendides et dont j’ai parlé ici, associées à un très bon amplificateur PrimaLuna dont j’ai parlé ici à l’époque, sur Cuk.ch.

Avec le temps, les trois membres de l’entreprise Maurer, Jean, Christine et Marc, sont même devenus des amis, et c’est avec une certaine émotion que nous avons appris que Mme K et moi-même étions invités à un apéritif pour fêter, le premier avril de cette année 2021, les 50 ans de l’entreprise. Apéritif qui respectait scrupuleusement les normes COVID, c’est dire si nous étions peu nombreux dehors (12 personnes, sur 15 normalement autorisées) et que l’honneur et le plaisir n’en étaient que plus grands.

Jean et Christine Maurer
Photo Julietta Saccardi

Jean nous expliquait ce premier avril que ses enceintes, celles créées depuis 1976, pouvaient toutes recevoir une nouvelle jeunesse, toutes les pièces détachées étant encore disponibles.

Photo Julietta Saccardi

Il expliquait aussi que pour les séries B de 1976 et pour les séries C de 1980, la seule chose à changer, c’était les condensateurs qui sont désormais en polypropylène et qui devraient être inusables désormais.

Pour la série D (1985), il est conseillé de changer un joint d’étanchéité sous le woofer qui perd sa souplesse, avec un remplaçant dans une nouvelle matière qui devrait être inusable elle aussi.

Dans les deux cas, c’est une histoire de 300 francs en tout pour bénéficier comme à leur début de toute la qualité de ces enceintes déjà excellentes et reconnues par les audiophiles à l’époque.

Jean m’expliquait encore que pour les séries B et début de série C, dotées de fiches DIN, en principe, on fraise le boîtier et on met un bornier pour passer des câbles de très haute qualité, ce que des DIN ne peuvent pas faire.

Dans le même domaine de la durabilité, il a parfois été critiqué par certains à l’entreprise son design qui, il fut un temps, pouvait passer pour un peu moins moderne que certaines marques qui te mettaient des arrondis par ci, des ovales par là, et qui se sont, elles, démodées, ne serait-ce que par le fait que leur fabricant changeait ledit design très régulièrement, rendant le précédent obsolète.

Et voilà que ce design que l’entreprise explique être un design de fonction est, lui, totalement intemporel et reste tout à fait “classe” dans n’importe quel intérieur, et ce depuis 1985 puisque les enceintes ont très peu changé d’apparence depuis cette année-là.

Voici d’ailleurs ce que m’expliquait Jean, en 2015:

Sans vouloir me montrer présomptueux, je souris lorsque, comme vous, je me rends dans certains auditoriums. D’abord, parlons de notre design, le même c’est vrai depuis 1985 en effet. Il s’agit de ce que nous appelons un design de fonction.

Tout est basé pour que, dans un volume donné, l’enceinte puisse donner son maximum. Le but est de ne faire aucun compromis. Or les designs actuels sont basés la plupart du temps certes sur la qualité du son, mais également pour se plier à une mode esthétique.

Et pour ce faire, ces fabricants doivent faire des compromis.

Et ces colonnes deviennent… une foule de compromis.

Regardez les colonnes d’il y a quelques années: elles devaient être étroites, elles tombaient, on ne savait pas où mettre les haut-parleurs de basses, alors on les mettait sur les côtés, ou alors on devait ajouter un caisson de basses.

Nous, nous refusons le compromis. Nous mettons nos boîtiers à disposition des haut-parleurs, à disposition du son et de la musicalité.

Et puis, pour renchérir, toujours en souriant, dans ce domaine du design, le nôtre est intemporel, c’est vous d’ailleurs qui le dites (j’avais fait la remarque en effet quelques minutes auparavant NDRL). Les designs actuels, nous l’avons vu, se plient à une mode.

Lorsque les fabricants passent au design suivant, les fans se sentent tout bêtes et veulent changer de matériel, un peu comme certains propriétaires de voitures se sentent obligés de changer la leur lorsque leur modèle est changé.

Ce n’est vraiment pas le cas chez nous, ce qui est (il sourit) d’ailleurs assez ennuyeux.

Le design est durable, certes, mais cela ne veut aucunement dire que l’entreprise ne bouge pas.

Preuve en est la nouvelle 370F qui extérieurement ressemble comme deux gouttes d’eau à la E, mais est très différente à l’intérieur, tant en matière de boîtier (elle est désormais remplie de sable à peu près partout entre ses doubles parois) que de filtres, l’une des grandes spécialités de l’entreprise.

J’ai parlé longuement de ces splendides 370F ici si vous désirez en savoir plus.

Preuve aussi, j’en ai parlé ici, ce nouvel ampli Lectron JH32, magnifiquement testé par les spécialistes pour sa précision et sa musicalité fantastiques. Ce JH32 qui a même été élu Too Much Bô de l’année sur le blog d’ici. C’était en 2019.

Et puis, je ne résiste pas à vous présenter une deuxième fois ce film sur la fabrication des enceintes Jean Maurer, film qui a été déjà vu 2’422’379 fois à l’heure où j’écris ces lignes.

Et je précise que vous avez sous les yeux la fabrication de la 370E.

Celle de la 370F est encore incroyablement plus compliquée avec des parois doubles partout structurées en losanges intérieurs entre lesquels va couler du sable. Une véritable prouesse technique montant le poids de l’enceinte (seule) à 61 kg, pour une inertie parfaite.

Ah, et à ceux qui seraient déçus de voir que des enceintes haut de gamme sont construites sur une base de bois aggloméré, voici ce que leur répondait en commentaires Marc Maurer:

Je comprends votre remarque. Les raisons de l’utilisation de panneaux agglomérés sont diverses, mais surtout d’ordre technique. Nous utilisons 2 types de bois:

– Du Kronospan de la marque Swiss Krono pour toutes les pièces de grandes tailles et ne nécessitant pas d’usinage fin. Ce bois est extrêmement absorbant ce qui permet à une vibration parasite de se stopper très rapidement.
– Du MDF (également de la marque Swiss Krono) pour toutes les pièces qui nécessitent une précision fine d’usinage.

La première raison du choix de ces bois est que l’enceinte doit être la plus inerte possible. Le but d’une enceinte et de reproduire des instruments. Si l’enceinte se met à vibrer, elle devient un instrument et ne reproduit plus le son original.

Marc Maurer

La deuxième raison pour laquelle nous n’utilisons pas du bois «classique» (bien qu’il soit plus «noble» j’en conviens) est que le bois classique «vit» et «travaille» avec le temps. Une enceinte devant être impérativement étanche pour travailler convenablement, ce n’est pas recommandé.

La troisième raison est qu’en plaquant nos enceintes, nous pouvons faire une multitude de finitions en fonction du souhait de nos clients. Avec du bois plein, il serait limité à une ou deux essences qui devraient chacune avoir séché, probablement, pendant plusieurs dizaines d’années pour être le plus stable possible. Tout ceci pour avoir une enceinte beaucoup plus chère et moins musicale.

J’espère avoir répondu à cette interrogation et vous souhaite une bonne fin de journée
Avec mes meilleures salutations

Marc Maurer
Marc Maurer
Photo Julietta Saccardi

Voilà!

Que souhaiter de plus en ce début d’avril que la pérennité pour cette entreprise dirigée par trois passionnés qui donnent tout pour notre plaisir musical!

Longue vie à vous toutes et tous, les ami-e-s!

Longue vie à la musique et au bon son.