La musique contemporaine à écouter ou à regarder?

Ben oui, cette semaine, à part l’Open-Bar, je n’ai rien à dire sur le Mac ou sur l’informatique, vous m’excuserez encore de m’intéresser aussi à d’autres choses.

Donc aujourd’hui, après avoir parlé pendant deux jours ici et de cinéma, un autre de Julien Doré, j’ai envie de vous parler de musique contemporaine.

Avant de commencer cet article, il faudrait se poser la question de ce qu’est la musique contemporaine.

Pour moi, c’est assez simple, c’est celle qui suit la musique moderne (début du XXe siècle), qui elle-même suit la musique romantique (début du XIXe au début du XXe, et ses débuts datent de l’après-guerre deuxième guerre mondiale.

Les compositeurs contemporains, je me mets à leur place: composer de la musique dite « classique » en général, quelle que soit l’époque (de la Renaissance, baroque, classique, romantique ou autre), c’est juste impossible, ce serait comme faire de la copie de meuble ancien.

Ce serait toc, chaque type de musique correspondant à une époque.

Alors ils partent dans d’autres domaines, remettant en cause très souvent le système tonal, pourtant si confortable pour nos oreilles.

L’un de leurs plus dignes représentants est Pierre Boulez, récemment disparu.

Il y a une chose dont je suis presque certain, c’est que cette musique ne sera pas jouée dans 300 ans.

Pour moi, la musique contemporaine est une musique intellectuelle, une musique de chercheurs.

J’essaie de faire des efforts pour l’écouter, et c’est tout simple, je n’y arrive pas.

Je comprends qu’on essaie de nous faire ressentir des ambiances des émotions, mais le manque cruel de ce qui fait tout de même la musique, à savoir, une bête mélodie, ça me bloque complètement.

Pendant que je vous écris ce billet, j’écoute justement un hommage à Pierre Boulez, pour me mettre dans l’ambiance.

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Vous savez quoi?

Je me réjouis de l’avoir fini, l’article, pour passer à autre chose.

Non, franchement, la musique contemporaine, à écouter, chez soi, je trouve ça difficilement supportable.

Et mon Dieu, j’espère ne jamais avoir à en jouer.

Oh, je joue bien du Dimitri Shostakovic, mais là, je m’excuse, le système tonal est respecté (même si ce n’est pas toujours le cas avec ce compositeur).

Je dis que j’espère ne pas avoir à en jouer, parce que j’aime avoir quelque chose à me raccrocher, et il faut bien dire que la musique contemporaine doit être incroyablement difficile à jouer.

Par contre, à regarder, c’est autre chose.

Les concerts de l’OCL (orchestre de chambre de Lausanne) dont je vais vous reparler bientôt ont pour point commun d’intégrer une pièce de musique contemporaine.

Et là, force m’est de constater que je ne m’embête jamais, tellement cette musique est spectaculaire à regarder.

Et du moment qu’on regarde, on comprend mieux ce qui est joué.

Cette musique est souvent assez drôle, parfois même comique.

Tenez, l’autre jour, je vous parlais du concert de Tetzlaff.

En première partie, nous avons eu droit à une création d’une œuvre dont l’auteur, David Philip Hefti, était présent dans la salle.

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Je suis allé écouter ce qu’il avait à nous dire, en préconcert puisque c’est une des spécificités de ces concerts de pouvoir discuter avec un soliste, un compositeur ou un chef d’orchestre avant que le public soit dans la salle pour écouter les œuvres.

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Oh, nous devions bien être 7 ou 8 dans la salle à ce moment pour écouter ses confidences, mais c’était très intéressant.

Il nous a expliqué qu’il fait un triptyque sur la nuit et les insomnies, et que cette première œuvre est ce qui se passe dans sa tête juste avant qu’il s’endorme sans parfois y parvenir.

Il nous a parlé de trucs incroyables comme des lignes de 24 notes basées sur des quarts de ton (contexte microtonal), c’était dingue de voir sa passion.

Et à nouveau, je dois bien admettre que, même si je sais très bien que je ne vais pas écouter cette œuvre à la maison, à moins de la voir sur Medici TV, en première partie d’un concert, j’ai été tout à fait séduit par la démarche et par la musique.

Il se passe quelque chose dans cette œuvre, lorsqu’on voit les musiciens sur scène.

Je comprends la nuit, je comprends ce qui se passe dans la tête du compositeur.

Pour que vous puissiez vous rendre compte de la chose, je vous propose d’écouter la première partie du concert que je vous ai déjà lié il y a quelques jours.

Voici le lien direct vers le concert de mardi 27 février 2018, l’œuvre de Hefti commence à 2’51.

Et vous, vous vivez un amour fou avec la musique contemporaine?

31 Comments

  1. Tout d’abord, François, surtout ne t’excuse pas de nous parler d’autre chose, parce que ça pourrait à la limite être interprété comme si tu pensais que je, ou que certains de tes lecteurs ne seraient pas capables de s’intéresser aussi à d’autres choses … Mais non, ce n’est pas le cas, c’est justement un des charmes de ce blog. Il n’est pas fait pour des monomaniaques absolus, même si, parfois, je me surprends à déceler avec plaisir chez l’un ou l’autre des commentateurs des intérêts (associés à des connaissances) plus pointus et spécifiques que les miens. Je me retrouve peut-être occasionnellement, j’imagine, dans cette catégorie. Il y a une « blogdiversité » de bon aloi dans tes colonnes, voilà.

    Bon, tu dois te dire que si je bavarde un tantinet, c’est simplement parce que j’allonge la sauce, n’ayant ni tes grandes connaissances musicales ni vraiment grand chose à écrire. Ce ne serait pas faux, hélas.

    Toutefois je reviens à la musique contemporaine. Le premier souvenir que j’en eus fut, quand j’étais élève au ci-devant CCC (Collège Classique Cantonal), actuellement collège de Béthusy, à Lausanne, l’écoute de Pacific 231 d’Arthur Honegger, une œuvre qui date de 1923, avec un professeur qui nous donnait des cours de solfège et de musique, et se nommait M. Tharin.

    Il avait su nous sensibiliser à cette oeuvre, et Wikipedia en parle exactement comme M. Tharin l’avais fait, je cite par exemple ce passage :

    ** »Ce projet est issu de la musique d’accompagnement du film La Roue d’Abel Gance.

    Il s’agit d’un parcours musical à bord de la célèbre locomotive à vapeur éponyme. Le morceau imite divers bruitages grâce aux instruments de l’orchestre symphonique: grincements de ferraille et fuites de vapeur rendus par les glissandi d’instruments aigus (violons), lourdeur du train au démarrage rendue par les instruments graves (cuivres), grand bruit de la pleine vitesse (tutti orchestral), fracas violent du freinage (percussions). Il y a de plus un aspect répétitif des bruits de roues à différentes allures, Honegger simulant l’aspect de rotation par des croches/triolets/ou doubles-croches longuement répétés, l’accélération du train grâce à des valeurs rythmiques en diminution (valeurs de plus en plus courtes), puis la décélération du train par la technique opposée, c’est-à-dire l’augmentation des valeurs rythmiques (valeurs de plus en plus longues) »**.

    Quand tu dis « Je comprends la nuit, je comprends ce qui se passe dans la tête du compositeur. », je peux t’assurer que, tout garnements que nous fussions à l’époque, nous « comprenions » la lourde mécanique, les pistons énormes, la mise en marche de cette monstrueuse locomotive.

    Mais, par contre, écouter et suivre une pièce de Karlheinz Stockhausen, c’est une épreuve auditive que je peine énormément à mener plus de cinq minutes, et encore, et qui ne suscite en moi aucune impression auditive ou visuelle, sauf peut-être celle d’une pile de vaisselle qui tombe dans un escalier…

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  2. Et toc, une faute d’accord de personne à l’imparfait… Je déteste les chose incorrigibles, ça force à écrire qu’on s’en est aperçu pour éviter que les lecteurs ne pensent le contraire !

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  3. La preuve avec les chose, bon pour moi, ça suffit pour aujourd’hui.

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  4. À un concert de Pierre Henry, à l’auditorium de la maison de la radio, la scène était joliment décorée de très nombreuses et magnifiques enceintes, et pendant tout le concert, personne ne s’est montré, l’artiste était au milieu de la salle, à la console…
    J’ai à un moment été, à ma grande honte, réveillé par mes propres ronflements, c’est dire si ça me passionnait !

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  5. Idem, malgré toute ma bonne volonté, je n’ai jamais réussi à écouter de la musique contemporaine plus de 3 minutes.

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  6. Oui, c’est difficile, et en plus, zit, si tu ne vois pas en plus les musiciens, ça doit être très dur!😀
    Zallag, juste pour dire, les mails, tu ne peux pas les corriger non plus après avoir cliqué sur « Envoyer ». Il y a plein de choses que l’on ne peut pas corriger dans la vie, par exemple une inattention au volant, ce que l’on dit oralement…

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  7. Pour ma part j’aime énormément certains minimalistes américains, Steve Reich et Philip Glass en tête. Michael Nyman chez les anglais, célèbre pour la magnifique musique de la « Leçon de piano ». Sinon, avant tout, c’est vrai, pour sa démarche, ses écrits (paradoxal d’apprecier Un musicien surtout pour ses écrits, je sais) et sa remarquable intelligence, John Cage.

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  8. Nos oreilles, et donc notre cerveau, sont à la fois formés à l’expression d’une logique sonore imperceptible, indicible.
    Dès que les sons et les sensations engendrées sortent du cadre de formation – par analogie, la synesthésie ne se fait plus, ça accroche, et ça accroche plus ou moins sévèrement.
    L’exemple donné de la musique du film « la leçon de piano » est excellent, puisque le contexte nous plonge dans la musique …qui nous plonge dans le contexte. Mais essayer d’écouter la musique du film sans le voir, ça va moins bien marcher.
    Il y a bine longtemps, j’ai eu la chance de rencontrer Pierre Henry qui m’avait expliqué nombre de choses, mais mes oreilles et mon cerveau n’avaient pas été convaincus quoique Mr Henry ait été adorable.

    D’aucun connaissent mes goûts musicaux qui ne vont pas vers la musique contemporaine

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  9. J’écoute en ce moment cette œuvre de Hefti, et je trouve ça magnifique… Ces préjugés sur la musique contemporaine me désolent un peu! Vers les années 1910, un critique à la première du «Sacre du printemps» de Stravinski avait rebaptisé l’œuvre «Le massacre des tympans»! Même après 100 ans, ça reste toujours une œuvre révolutionnaire, non? Maintenant on l’écoute avec délectation, même si quelques vieux schnocks détestent encore, en disant que c’est du «bruit», de la «masturbation intellectuelle» et je ne sais quoi… L’OSR l’a joué il y a 2 ans, j’ai emmené ma fille de 13 ans, pas du tout initiée à la musique symphonique: elle a été fascinée et a adoré. Pour la deuxième moitié du XXe siècle, il faut aussi écouter Ligeti, un immense compositeur hongrois. Par exemple le Requiem, terrifiant et magnifique, un témoignage puissant des horreurs de notre époque! Ceux qui ont vu et revu «2001 l’odyssée de l’espace» connaissent… Et comprennent, souvent inconsciemment, que la musique contemporaine peut être aussi faite de sentiments et de beauté. C’est juste une écoute différente par rapport à Bach ou Mozart…

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  10. Cela me parait une image de la musique contemporaine un tantinet stéréotypée. Pas de mélodies dans la musique contemporaine? Ah bon?
    Pour ma part, j’ai beaucoup de plaisir à écouter des compositeurs contemporains tels que Arvo Pärt, les déjà cités Steve Reich et Igor Stravinsky. J’ai récemment découvert une œuvre magnifique de Max Richter autour du sommeil, Sleep.
    Coacoa, à propos de John Cage, dont j’adore aussi la démarche, voici un hommage que l’on avait enregistré pour ses 100 ans en 2012. Une version d’une célèbre composition pour piano, interprétée par un quartette de batteries:
    https://vimeo.com/47928656 😉

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  11. Oui, François, tu écris en effet : « Zallag, juste pour dire, les mails, tu ne peux pas les corriger non plus après avoir cliqué sur « Envoyer » ».
    Mais je me suis accordé 30 secondes, après avoir cliqué sur Envoyer, afin de me permettre une ultime relecture avec Gmail. Souvent ça me suffit, et mes courriels font moins de lignes. Bref, on n’est plus sur Cuk…

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  12. Nicolas, j’ai adoré cette version d’une célèbre composition pour piano, interprétée par un quartette de batteries. Cela me fait penser à notre artiste suisse, Milo Moiré qui défraie parfois la chronique, comme lors d’une performance vivante, réalisée à Cologne, lors de laquelle elle a pondu des œufs (quatre ou cinq) avec son vagin.
    Il y a comme ça des personnes qui arrivent tellement bien à se moquer totalement et jouissivement du monde entier que je fonds d’admiration devant leur liberté de s’amuser en faisant semblant de se prendre au sérieux. Surtout quand les critiques tombent dans le panneau
    On n’est pas loin de Magritte, de Salvador Dali, mais surtout de Marcel Duchamp et de son urinoir… le surréalisme, en un mot, est bien vivant.

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  13. Les goûts et les couleurs…
    Que la vie serait bien triste et ennuyeuse sans l’artistique, les arts dans le sens le plus large…
    Tout ça je le vois comme pleins de petits ruisseaux (les artistes) qui se déversent dans des rivières (courant artistique) qui elles-mêmes se déversent dans des fleuves (musique, peinture, photographie, etc.) pour continuer ensuite à se mouvoir avec une infinie diversité, pour le plus grand bonheur de nous tous, dans les océans de l’art avec un grand « A ».
    Concernant la musique contemporaine (dans un sens un peu élargi) que je connais peu, j’aime bien la musique « minimaliste/répétitive » de Philip Glass, un des plus populaires dans cette catégorie. J’aime beaucoup ce que fait Brian Eno, mais là on entre plutôt dans la musique « contemporaine » au sens général ou musique « actuelle » comme d’autres l’appellent.
    Bref peu importe les catégories, le principal c’est de ne pas cesser de naviguer, se baigner dans l’immensité de ces « océans » et d’y puiser du plaisir, son plaisir…

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  14. Je ne dis pas que je n’aime pas la musique contemporaine: je suis intéressé en concert. C’est encore une fois très différent.

    D’où mon titre.

    Et bien sûr qu’il y a des oeuvres qui ont une mélodie, mais une masse impressionnante n’en ont pas. Vous parlez à quelqu’un qui essaie, je vous assure.

    Tristan, ne me parle pas de préjugés: les préjugés, c’est quand on ne connaît pas du tout. Moi, j’essaie, je le répète, je fais des tas d’efforts.

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  15. Là, j’écoute la Messe en Si Mineur de Bach par les Arts Florissants, disque qui vient de sortir.

    C’est beau!

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  16. @nicolas monguzzi

    Ah oui, Arvo Pärt, absolument. « Spiegel im spiegel » est une de ces musiques qui me bouleverse à chaque écoute. Son « De Profundis » est aussi magnifique. Ligeti, c’est sûr, c’est immense. J’aime aussi Gorecki, notamment la symphonie n°3. Quant à Philip Glass, j’ai eu la chance de l’apprécier plusieurs fois en concert, dont deux fois pour l’entendre jouer son sublime « Piano solo ». A noter que Valentina Lisitsa a enregistré chez Decca en 2015 un bel album qui regroupe les plus belles compositions pour piano de Glass – Etudes mises à part. On trouve un très bel enregistrement complet de ces dernières par Anton Batagov depuis l’année dernière.

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  17. @nicolas monguzzi

    Merci 🙂

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  18. Daniel Pesch

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  19. Daniel Pesch

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  20. Daniel Pesch

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  21. Alors voilà, quand j’ai lu ton article ton ce matin, je me suis dit : “Ah voilà encore un sujet intéressant, et j’ai plein de chose à dire sur ma façon d’aborder la musique et comment je comprends son compartimentage en différents genres, comment on passe de l’un à l’autre (ou pas) par une longue éducation de notre oreille etc…”
    Et puis je me suis dit que ça allait encore faire un long commentaire qui va peut-être saouler d’aucun… que je monompolise par trop le crachoir… etc…
    Alors voilà. Je ne dis rien. Pour vous accorder un jour de vacances.
    Remerciez-moi. 🙂

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  22. Daniel Pesch

    Un dernier pour la route… Soyez modernes, ouvrez-vous !

    C’est pas Coco Caline !!!
    Mais, comme disait Gainsbourg : « la chanson est un art mineur ». J’ajoute « dans 98% des cas ». Doré, beurk !

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  23. Daniel Pesch

    Bugraptor : Prends donc la semaine…

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  24. J’avais découvert et beaucoup apprécié Arvo Pärt avec Creator Spiritus paru Harmonia Mundi en 2012, découvert via Qobuz et ses propositions des disquaires.

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  25. Il y a musique contemporaine et musique contemporaine ! Certaines sont tellement destructurées que cela en est pénible. Cette aspect aliénant de la musique contemporaine me semble très encrée dans la vie aliénante que peut avoir parfois la cité !

    Par contre, d’autres musiques contemporaines séduisent comme celle d’Arvo Pärt (j’ai commencé avec son disque Arbos), de Steve Reich, de Philip Glass (bien qu’Einstein on the Beach dans son intégralité soit pénible !),…

    J’aime beaucoup le piano contemporain qui a libéré cet instrument. Je trouve même timide les compositeurs contemporains dans l’utilisation des nouvelles technologies. Un ensemble comme celui d’Art Zoyt est beaucoup plus aventureux en mélangeant instruments classiques et électronique au point de ne savoir qui fait quoi et de construire des univers étranges. Bien que je suis agréablement surpris de la composition de Bryce Dessner (video posté parDaniel Pesch ci dessus) qui utilise un orgue Hammond et sa cabine Leslie, ainsi qu’une guitare électrique. Un beau morceau.

    Pour ma part, j’intègre dans la musique contemporaine les ensembles, groupes ou musiciens qui ne sont pas forcement de le milieu académique de la musique. Frank Zappa par exemple est, me semble-t’il, un musicien contemporain au même titre que Xenakis. Sa musique est tout aussi voir plus écrite !

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  26. Jean Retoret

    La question qui est posée peut être généralisée en la suivante : l’information qui nous parvient de nos sens à notre niveau conscient est-elle une mesure fiable ou une information déjà interprétée ? Naturellement, j’élimine le concept de beauté qui n’est pas un concept mesurable.
    La production des capteurs de nos organes des sens peut être considérée comme relativement brut par rapport au signal reçu. Tout spécialiste de l’œil ou de l’oreille a déjà éclaté de rire en lisant la phase précédente tant le traitement local est important, le signal profondément transformé et modifié, mais ici et maintenant nous le considérons comme relativement brut par rapport au signal reçu. Au niveau des couches profondes du cortex, ce signal doit et est interprété avant que ne s’enclenche le traitement modifié de ce signal pour arriver au niveau conscient. Et là, et ceci est le point essentiel, il y a un mélange profond de culture et de nature. Le cerveau du jeune enfant, suivant les informations sensorielles qu’il recevra, développera ou non les capacités d’analyse de ce type d’information. S’il ne les développe pas, il ne pourra plus les développer. (Pour le cortex visuel, un chaton élevé dans un milieu fait uniquement de bandes verticales ne développe pas les neurones qui traitent les lignes horizontales. Pour lui à l’âge adulte, les lignes horizontales qu’ils voient ne produisent pas d’information. Je simplifie).
    Tout cela pour dire qu’un type de musique que nous n’avons pas entendu pendant la prime enfance a une forte probabilité de nous paraître dysharmonieuse (tout son non connu pendant l’enfance est une agression pour mon cortex qui n’a pas été entraîné à ce type de son et qui n’a pas les outils pour l’analyser.). Le jugement que nous faisons est profondément personnel. Il est unique. Pour des raisons culturelles (nos voisins, notre famille, nos amis, etc. écoutent les mêmes musiques que nous) qui ont façonné notre cerveau, nous avons un accord entre nous qui n’est en aucune façon une preuve de quoi que ce soit.
    Comment cette musique sera appréciée dans 300 ans ? Diantre personne n’en sait rien. Si j’avais un pari à faire, probablement comme maintenant, mais dans 500 ans quand les connaissances sur le développement du cerveau de l’enfant sur ses goûts et ses couleurs auront progressé, peut-être que ces musiques seront très appréciées par des oreilles éduquées et ouvertes.
    Tout cela pour dire que toute appréciation d’une musique, d’une chaîne hi-fi, d’une couleur, etc. est une appréciation personnelle très respectable (c’est ce que nous sommes) mais unique. Il n’y a pas à tirer de loi générale (cela est du domaine des instruments de mesure), l’essentiel c’est que cela soit agréable ou désagréable (si l’on préfère) pour soi.
    Pour terminer, l’information qui nous parvient de nos sens à notre niveau conscient est-elle une mesure fiable ou une information déjà interprétée ? Ce n’est sûrement pas une mesure mais une information profondément modifiée par notre parcours de vie et tout particulièrement par notre parcours durant la petite enfance dont nous n’avons que très peu de souvenirs.

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  27. Ce que je me dis parfois, quand je vois ou écoute une œuvre, c’est que si je peux faire, sans difficulté, la même chose que celle qu’a faite la personne qui s’autoproclame ou est reconnue comme artiste (peintre, musicien, équilibriste, jongleur, sculpteur), alors je suis aussi un artiste moi-même.
    Et je me ferais fort de créer une oeuvre de musique contemporaine en deux ou trois semaines, et même de faire partie de n’importe quel orchestre qui en jouerait. Disons en un mois.
    Mais évidemment je n’ai heureusement pas eu ce genre de vocation.

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  28. @Daniel Pesch: « C’est pas Coco Caline !!!
    Mais, comme disait Gainsbourg : « la chanson est un art mineur ». J’ajoute « dans 98% des cas ». Doré, beurk ! »

    Quant à moi, je ne dis pas « musique contemporaine Beurk ».

    Et je n’ironise pas sur la musique que les autres aiment.😉

    J’écoute en ce moment les concertos no 1 en ré majeur et 2 en sol mineur de Prokofiev, par Lisa Batiashvili, un disque qui est sorti il y a peu. C’est splendide. Le premier concerto est sorti en 1917 et le deuxième en 1935.

    Et je m’estime incroyablement heureux d’aimer tous les genres de musique, ou au moins d’y trouver un intérêt.

    @Olivier Laprais: « Il y a musique contemporaine et musique contemporaine ! Certaines sont tellement déstructurées que cela en est pénible. Cet aspect aliénant de la musique contemporaine me semble très encré dans la vie aliénante que peut avoir parfois la cité ! »

    Je suis assez d’accord avec vos dires (bienvenue au fait!). Cela n’empêche pas qu’on essaie de comprendre, mais oui, c’est dur parfois à écouter seul dans son salon, beaucoup moins en concert.

    @Jean Retoret « Tout cela pour dire qu’un type de musique que nous n’avons pas entendu pendant la prime enfance a une forte probabilité de nous paraître dysharmonieuse (tout son non connu pendant l’enfance est une agression pour mon cortex qui n’a pas été entraîné à ce type de son et qui n’a pas les outils pour l’analyser.). Le jugement que nous faisons est profondément personnel. Il est unique. Pour des raisons culturelles (nos voisins, notre famille, nos amis, etc. écoutent les mêmes musiques que nous) qui ont façonné notre cerveau, nous avons un accord entre nous qui n’est en aucune façon une preuve de quoi que ce soit. »

    Bienvenue aussi!😀
    Tout à fait d’accord. La preuve que si l’on nous met de la musique chinoise ou japonaise dans le casque pendant plus d’une demi-heure, c’est vraiment difficile.

    La question est: qu’est-ce que certains compositeurs contemporains recherchent? Nous reformer l’oreille à tout autre chose?

    Je pense que ça va être difficile.

    Sans compter que j’essaie de passer le Prokoviev à mes enfants, ça ne passe pas.

    Certes, il aurait fallu commencer à la naissance, mais je connais peu de gens qui vont le faire. Donc cette musique n’est-elle pas vouée à n’être écoutée que par une élite, une intelligentsia?

    Zallag: « Ce que je me dis parfois, quand je vois ou écoute une œuvre, c’est que si je peux faire, sans difficulté, la même chose que celle qu’a faite la personne qui s’autoproclame ou est reconnue comme artiste (peintre, musicien, équilibriste, jongleur, sculpteur), alors je suis aussi un artiste moi-même.
    Et je me ferais fort de créer une oeuvre de musique contemporaine en deux ou trois semaines, et même de faire partie de n’importe quel orchestre qui en jouerait. Disons en un mois.
    Mais évidemment je n’ai heureusement pas eu ce genre de vocation. »

    Je ne comprends pas. Tu veux dire que n’importe qui peut créer une oeuvre de musique contemporaine ou que n’importe qui peut la jouer?

    Oh que non! Il faut être un sacré bon musicien pour jouer une oeuvre contemporaine! Peut-être pas tout seul, parce qu’on ne voit pas toujours les fausses notes ou les erreurs rythmiques quand on est seul dans ce genre de musique, mais en orchestre! Il faut une précision et un technique absolument dantesque pour que l’ensemble joue la même chose.

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  29. FC : « La preuve que si l’on nous met de la musique chinoise ou japonaise dans le casque pendant plus d’une demi-heure, c’est vraiment difficile. »
    Curieusement j’arrive à l’écouter plus facilement qu’un morceau d’accordéon traditionnel ! En plus il y a des instruments traditionnels qui sont faciles d’abord (par exemple le Koto).
    JR : « Tout cela pour dire qu’un type de musique que nous n’avons pas entendu pendant la prime enfance a une forte probabilité de nous paraître dysharmonieuse  » Je ne suis pas persuadé de cela. Il me semble que les goûts musicaux évoluent tout au long de la vie. Par contre effectivement si on n’est pas curieux ou peu confronté à différentes musiques, il semble effectivement cohérent d’avoir un a priori négatif et une réticence à apprécier des objets sonores non identifiés !

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  30. Oui, et il en va de même pour des mets auxquels on n’est pas habitué depuis sa petite enfance, c’est culturel. Par contre, les berceuses ou mélodies que chantonnent à leurs petits enfants beaucoup de mères de par le monde monde se ressemblent beaucoup. Je ne retrouve pas une étude que j’ai lue sur ce sujet il y a quelques années.

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  31. Il faut écouter Bernard Cavanna! 🙂

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