Pollution numérique, on fait quoi avec ça?

Ce lundi, j’apprends qu’Apple va enfin mettre son catalogue musical au format lossless, c’est-à-dire en proposant des albums en qualité CD.

Et bam, Amazon fait de même, il sera suivi de très près par Spotify.

La nouvelle m’aurait pleinement réjoui il y a quelques jours.

Mais voilà…

Dimanche passé, Le Matin Dimanche, seul journal à sortir ce jour-là en Suisse romande m’a rappelé ce que je savais déjà mais que je repoussais au fond d’un tiroir de mon cerveau.

Voyez plutôt (cliquez une première fois sur l’image pour ouvrir un onglet puis une seconde pour agrandir):

Le Matin Dimanche du 16 mai 2021: cliquez une première fois pour ouvrir un nouvel onglet puis une seconde pour agrandir

Tout commence donc avec une communication de Netflix qui publie son bilan carbone.

D’après Emma Stewart, regarder une série ou un film durant «une heure en streaming en 2020 serait inférieur à 100 grammes équivalents CO2 , soit la consommation d’un ventilateur de 75 W pendant six heures en Europe». Pour la directrice du développement durable chez Netflix, cela équivaut à «un parcours de 400 mètres avec une voiture à essence».

Précision importante: la firme a bien évalué l’impact écologique de la production physique de ses séries, films et documentaires, et la pollution qui découle de ses activités en tant qu’entreprise. Mais Netflix n’a «pas inclus les émissions carbone liées à la transmission internet et aux appareils électroniques que les abonnés utilisent pour regarder ses programmes».

Les fournisseurs d’accès à internet, les fabricants de téléviseurs, tablettes et autres smartphones, les centres de données et aussi les clients abonnés «assument par conséquent les émissions qui y sont liées», estime Netflix. Autant dire que le compte n’y est de loin pas.

De plus, «Netflix ne dit pas non plus qu’elle utilise l’infrastructure d’Amazon pour diffuser ses programmes. À la fin de la journée, l’efficacité d’Amazon joue un grand rôle dans le bilan, et c’est l’une des pires en termes d’émissions de carbone parmi les grands acteurs dans le Cloud», note Babak Falsafi, professeur à l’EPFL et fondateur d’EcoCloud,un centre pionnier dans l’écologie numérique.

Le Matin Dimanche du 16 mai 2021

Bien sûr, Netflix n’est pas seule en cause et c’est d’ailleurs bien ça le problème: ce sont toutes les technologies numériques qui craignent.

Et la conclusion de l’article n’est pas rassurante:

Voilà pourquoi les experts, dont George Kamiya, analyste à l’AIE, s’accordent sur «la nécessité incontestable de surveiller de près la croissance explosive de Netflix et des autres technologies et services numériques». Selon certaines estimations, le numérique est déjà à l’origine de 4% des gaz à effet de serre dans le monde, soit davantage que les transports aériens civils. Cette part risque de doubler d’ici à 2025, pour atteindre 8%, soit la part actuelle des automobiles de la planète.

Le Matin Dimanche du 16 mai 2021

Moi, la lecture de cet article me déprime complètement.

D’un côté, j’essaie de faire le maximum d’efforts, de ne plus voyager en avion en Europe (et donc de ne plus voyager en avion tout court), de prendre les transports publics, je roule désormais en voiture électrique (je sais, ce n’est pas la panacée mais c’est tout de même un gros progrès), dès que je peux, je prends ma trottinette électrique, j’ai diminué mes achats de matériel de manière drastique, pas encore suffisamment, mais j’y travaille chaque jour.

Je n’achète que des produits bios, si possible locaux (sauf s’ils ne sont pas biologiques), mes produits de nettoyage sont… clean (Aquama).

J’ai un compost, je ne jette rien dans les WC, de ma vie, je n’ai jamais jeté la moindre pile dans la poubelle ni un quelconque appareil qui en contient une.

D’ici la fin de l’année, nous serons carboniquement neutres au niveau de notre maison, nous avons planté une longue haie d’arbustes locaux pour les oiseaux, nous laissons plein d’endroits de notre jardin avec de l’herbe haute et des tas de bois pour que les hérissons passent l’hiver.

Je fais tout ce que je peux, tout en étant bien conscient qu’il y a encore de nombreux points dans lesquels nous pouvons nous améliorer.

Mais là, quand je lis…

Selon certaines estimations, le numérique est déjà à l’origine de 4% des gaz à effet de serre dans le monde, soit davantage que les transports aériens civils. Cette part risque de doubler d’ici à 2025, pour atteindre 8%, soit la part actuelle des automobiles de la planète.

Le Matin Dimanche du 16 mai 2021

… je me dis que j’ai encore un sacré chemin à faire.

Oh, ce n’est pas tellement Netflix qui m’angoisse, c’est un tout: purée, j’écoute de la musique en streaming toute la journée!

Et pas du MP3 nom de dzou, mais de la haute résolution.

Pour mon petit plaisir et celui de ma douce chaîne hi-fi.

Et puis, j’utilise plusieurs nuages: K-drive, iCloud, OneDrive, j’ai des films sur Vimeo, pas beaucoup certes, mais tout de même…

J’ai ce site, tiens, lui aussi il consomme, chez moi, chez vous, chez Themeclouds, chez GraphComment.

Et puis j’ai mes photos en pleine résolution chez Adobe, presque 60’000…

Et puis (again) mes dernières photos sont des 61 MP, pensez, ce n’est pas rien.

J’essaie de me consoler en me disant que la vidéo 4K est immensément plus consommatrice d’énergie (stockage, bande passante), mais tout de même, j’essaie de comprendre ce que je peux faire.

Et j’admets que j’attends beaucoup des fournisseurs de service pour tenter de me dédouaner un peu.

Apple par exemple semble très en avance en matière de neutralité carbone, mais cela ne semble pas être le cas de beaucoup d’autres, notamment d’Amazon qui se donne dix ans de plus qu’Apple pour y parvenir.

C’est vrai aussi que l’une des pistes proposées par une Commission d’enquête du Sénat français qui propose la suppression des forfaits illimités pourrait être une manière de diminuer le gaspillage de nos transferts, mais alors il faudra alors revoir notre manière de gérer nos loisirs numériques et, très franchement, même si je pense qu’il faudra peut-être y venir, ça m’angoisse énormément.

Je réfléchis depuis ce début de semaine à ce que je peux faire concrètement sans que ce soit trop difficile.

Déjà, arrêter les sauvegardes en ligne, ce que j’ai d’ailleurs fait il y a quelques mois, tout en gardant KDrive d’Infomaniak pour la synchronisation inter-machines, puisqu’eux utilisent un maximum de courant vert.

Et puis, je réfléchis sérieusement à revenir en arrière, vers Lightroom Classic tout simple, avec mise en ligne juste des aperçus dynamiques, et plus des photos originales. Déjà, ça me coûtera moins cher, et je n’occuperai plus presque de deux TB sur leurs serveurs.

Si je dois partager un album avec des images originales pour permettre à des amis d’en profiter pleinement? Elles et seulement elles se retrouveront sur Smugsmug.

Bon… ce pas n’est pas encore fait, mais la réflexion est sérieusement en cours.

Et puis au niveau musical…

Bon, celui-là, c’est le plus difficile. Il va falloir que j’étudie la chose.

Ah la la, qu’est-ce qu’on était bien quand on était égoïstes et qu’on s’en foutait…

Le problème, c’est que pour nos enfants, on ne peut plus.

On a déjà fait assez de conneries comme ça.