Bobo? Pourquoi pas? Et fier de l’être en plus!

Depuis quelque temps, je lis certaines critiques en commentaires en rapport avec les récentes prises de position sur le sujet de l’écoresponsabilité que j’exprime sur ce site.

La première, c’est celle visant à dire que, certes, je critique certaines dérives de notre société, notamment les voyages en avion d’un week-end à Barcelone pour faire du shoooooppppiinnnnng, l’emploi des pesticides dans nos cultures, que oui, nous mettons des panneaux solaires sur le toit de notre maison, nous achetons une voiture électrique, mais que depuis 20 ans, je promeus sur mes deux sites successifs la surconsommation de matériel électronique et que je n’ai rien à dire à qui que ce soit au vu de ce passé catastrophique écologiquement.

La seconde, c’est que je fais partie des bobos qui veulent faire la leçon à tout le monde, et que c’est bien facile de le faire dans une situation a priori confortable.

En résumé, qu’est-ce que je dois comprendre?

Que je ferais peut-être mieux de me taire?

Me taire? Jamais, je ne sais pas le faire, même pas si vous me le demandez plus ou moins gentiment.

Le seul domaine où je sais me taire, c’est lorsqu’il s’agit de secret professionnel ou de devoir de réserve en rapport avec mon travail.

Dans tous les autres domaines, je m’exprime, où que ce soit, et même dans des séances de travail où ma haute hiérarchie est présente.

Je l’ai toujours fait, et ce n’est pas près d’arrêter, je ne sais pas faire autrement, même lorsque j’essaie de me raisonner.

Alors ici, si j’ai des choses à dire, je les dis, quel que soit mon passé d’épouvantable destructeur de la planète.

D’abord, cette dernière assertion reste à démontrer.

Certes, j’ai consommé du matériel électronique dans ma vie.

Trop?

Oui, bien sûr.

J’étais dans une sorte de frénésie en partie pour me rassurer (de quoi? Je ne sais pas) et aussi pour avoir du grain à moudre sur Cuk.ch.

Mais, d’un autre côté, nous avons toujours mangé peu de viande, nous avons très peu voyagé, pratiquement jamais pris l’avion, mes habits sont en grande partie les mêmes que ceux que je portais il y a dix ans, nos voitures ont toujours été des modèles économiques en carburant et relativement légers, nous n’avons par exemple jamais eu de SUV, nous n’allons que très rarement au bistrot, nous avons fait des efforts, qui n’en étaient pas d’ailleurs, c’était comme ça, et cela depuis des années, voire presque toujours.

Venons-en maintenant au fait que mes “combats” sont ceux portés par les bobos.

Qu’est-ce qu’un bobo?

Wikipedia donne cette définition du bobo que l’on trouve sur cette page:

Le terme bobo, contraction de bourgeoisbohème, désigne un sociostyle[réf. nécessaire], c’est-à-dire une tentative de caractériser un groupe social selon les valeurs que ses membres partagent, plutôt que selon leurs caractéristiques socio-économiques ou démographiques1.

S’il est difficile de précisément décrire un bobo, le sociologue Camille Peugny donne en 2010 cette définition : « une personne qui a des revenus sans qu’ils soient faramineux, plutôt diplômée, qui profite des opportunités culturelles et vote à gauche2 ».

Le livre Bobos in Paradise: The New Upper Class and How They Got There de l’Américain David Brooks, publié en 20003, définit le bobo comme une personne aiséeNote 1. À partir de cette définition générale, différents attributs peuvent être ajoutés à l’archétype du bobo : urbain, écologiste, idéaliste, arrogant, etc. Brooks a forgé ce terme pour décrire ce qu’il ressent comme une mutation positive de son propre groupe social : les yuppies des années 1980, dont le mode de vie bourgeois se serait hybridé avec les valeurs bohèmes de la contre-culture des années 1960-1970.

Si l’on retire le mot “arrogant” qui est l’un des termes que certains ajoutent à “bobo”, finalement, j’accepte ce qui est défini ci-dessus.

Moi, bobo? Bien sûr, et fier de l’être en fait

Oui, en tant qu’enseignant suisse (ce n’est pas le cas en France ou les salaires des enseignants sont scandaleusement bas), j’ai des revenus qui ne sont pas faramineux dans le sens qu’ils ne permettent pas de faire vivre une famille en Suisse ou alors difficilement, mais des revenus tout de même qui, associés au salaire d’un ou d’une partenaire, permettent de le faire tout à fait correctement, sans plus.

Oui, je suis plutôt diplômé.

Oui, je profite des opportunités culturelles

Oui, je vote à gauche.

Oui, je suis écologiste.

Oui, je suis idéaliste.

Et alors?

Vous préféreriez que je sois de ces inconscients qui votent Le Pen (ou l’autre petit nouveau, la petite bête brune qui monte, qui monte, là…) qui partent en avion lors de toutes leurs vacances au bout du monde, qui roulent en grosse Range Rover 4X4 qui pèse 2.5 tonnes alors que la plupart d’entre eux n’en ont nul besoin, juste pour montrer qu’ils sont des vrais mâles ou qu’ils (ou elles) ont réussi dans la vie, qui bouffent n’importe quoi pourvu que ce soit bon marché, pourvu que ce soit bien carné mais qui n’hésitent pas à aller faire des repas à 500 balles par personne dans un restaurant gastronomique plusieurs fois par année?

Vous préféreriez que je ne me pose pas de question sur ce qui se passe actuellement dans le monde et des impacts que j’ai sur ce qui se passe sur la planète?

Vous préféreriez que je ne me remette pas en question sur mon passé de consommateur effréné de matériel électronique?

Pour revenir à des sujets qui fâchent, vous préféreriez que je fasse comme toute une catégorie de paysans suisses qui continuent leur empoisonnement de notre écosystème, que je me batte comme eux pour avoir le droit de continuer mes méfaits et que oui, je ne remette pas en question?

Ça vous rassurerait?

Alors comme ça, parce que dans certains domaines, je n’ai pas eu un comportement idéal pendant bien trop d’années, je n’ai pas le droit de me dire que désormais, il est temps de faire autrement?

Pas le droit de le dire ici, sur un blog que j’ai toujours dit être personnel?

Eh bien non, si tel est votre désir, je ne vais pas vous suivre.

Je vais continuer à l’ouvrir, en assumant le fait que j’ai vécu sans trop réfléchir dans le domaine de la consommation électronique jusqu’à il y a peu.

Vous avez le droit de ne pas être d’accord.

C’est votre problème, ne me lisez plus, alors, si je vous exaspère, ou si je vous dérange.

Ce qui va changer sur ce site

La mutation était déjà en cours depuis plus d’une année.

Vous l’avez constaté, je ne parle presque plus de matériel sur le blog du Cuk.

Cela va continuer de la sorte et même aller bien plus loin.

Les seuls matériels dont je vais peut-être parler seront dans le domaine du durable.

Ainsi par exemple, vous avez lu il y a peu mon dernier “rapport de Keynote“.

C’est terminé, je ne vais plus faire le relais d’Apple sur ses derniers modèles qui sont tellement merveilleux… une année, et qui ensuite sont montrés dans le nouveau Keynote de l’année suivante comme obsolètes alors qu’ils ne le sont dans les faits en aucun cas, pour faire avancer l’entreprise dans ses milliers de milliards (on en est là!) de capitalisation.

Je ne vais parler plus que de logiciels, d’expériences, de ressentis, mais plus de matériel, sauf exception, je le répète, je ne veux rien m’interdire non plus.

En conclusion

Voilà.

Vous êtes au courant.

Le but pour moi n’est pas de me donner bonne conscience, le mal est fait, même si (et là oui, je me donne un tout petit peu bonne conscience, je l’admets), je précise que mon matériel électronique est toujours utilisé par mes enfants ou ma famille, en cascade.

Mes 4 Apple Watch sont toujours en fonctionnement autour de moi.

Mes appareils de photos aussi, ou alors, je les ai revendus et ils font le bonheur de quelqu’un d’autre.

Je ne recycle définitivement que lorsque le matériel est très vieux, ou alors dans une histoire comme celle que vous avez lue ici, ou encore là, mais qui, les deux, ne dépendent pas de ma volonté et que j’ai assez critiquées, il me semble.

Il n’empêche, j’ai surconsommé pendant des années, je le sais bien, et la question est de savoir si je vais continuer ou pas.

Eh bien ce sera ou pas, et puis c’est tout.

C’est le temps également du passage au tout à l’énergie durable chez nous, immédiatement.

Impossible de faire autrement, il n’est plus temps de réfléchir, de discutailler sur des détails pour retarder l’échéance, il faut agir, et faire agir, dans la mesure de mes moyens.

Raison pour laquelle vous lirez (ou pas) régulièrement des articles sur l’environnement.

Que ça fasse bobo, vous l’avez compris, ça ne me gêne pas une seconde.

Photo de couverture, ©François Cuneo