Luminar 4, passionnant et frustrant à la fois

J’ai souvent parlé de Luminar de Skylum sur ce blog.

Notamment ici où il a reçu un label Too Much Bô, et ici.

La version 4 est sortie cette semaine, elle est à la fois innovante, mais aussi très décevante…

On va commencer par les mauvaises nouvelles.

Un catalogue? Quel catalogue?

Soyons clairs: Skylum nous a quelque part trompés, fin 2017.

Lorsque Lightroom est passé à l’abonnement obligatoire, cet éditeur a sauté sur l’occasion pour donner d’énormes espoirs à tous ceux qui voulaient quitter le programme d’Adobe.

Nous étions sur Luminar 2018, en décembre 2017, et on nous promettait pour très vite dans cette version l’arrivée d’un module de catalogage dans le logiciel.

Rien que dans mon entourage, je connais plusieurs personnes qui ont acheté alors ce programme suite aux promesses de l’éditeur.

Il a fallu attendre un an et l’arrivée de Luminar 3, que Skylum n’a pas osé faire payer à ses clients, ce qui est tout à son honneur, pour voir arriver ledit module.

Je dirais plutôt que le logiciel était enfin capable de naviguer dans les images, parce que les fonctions de catalogueur étaient réduites au strict minimum.

J’ai expliqué tout cela ici.

La version 4, payante, sort ce mois de novembre 2019, et que constate-t-on?

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Le module bibliothèque, rien de plus que ce que vous voyez à droite…

Skylum a mis le paquet dans le domaine de l’intelligence artificielle dans la retouche d’images (nous verrons plus bas que sur ce point, Luminar 4 est assez étonnant), mais pratiquement aucune avancée n’est à remarquer sur le module de catalogage depuis la version 3.1.

Toujours pas de mots-clés, pas de gestion des données GPS, on continue à naviguer dans les images, le catalogue se bornant à gérer et stocker leurs modifications.

On est à des kilomètres de ce que propose Lightroom ou ON1 Photo Raw 2020.

Oui, Skylum semble avoir totalement laissé de côté le domaine du catalogage, alors que j’attendais, comme beaucoup, que ce soit ce dernier qui prenne toutes les ressources en matière de développement du logiciel pour rattraper son retard.

Ce n’est pas le cas, et c’est bien dommage.

Même en matière de performances, Luminar 4 ne fait pas mieux que la version 3.1. Il lui faut environ 35 secondes pour que l’on puisse travailler à partir de son lancement, et ce avec un catalogue de 50’000 images. Cela dit, c’est mieux que les premières versions de la 3, qui mettaient parfois plusieurs minutes à se lancer.

Au niveau du catalogue, quelque part, la tromperie continue et je suis pour le moins déçu.

Retouche d’images: des améliorations automatiques spectaculaires

Luminar, comme je l’ai expliqué dans plusieurs articles, fonctionne à base de paramètres prédéfinis et d’outils que l’on peut personnaliser avec un grand nombre de curseurs et rendre plus ou moins opaques si on les règle dans des calques.

Sur ces points, mis à part quelques points d’interface, les choses n’ont pas trop changé.

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La partie droite de l’interface de la fenêtre d’édition:

  1. La gestion des calques;
  2. Les outils de recadrage, de correction (tampon) et de correction de l’objectif
  3. Les outils de base
  4. Les outils créatifs (remplacement du ciel par exemple)
  5. Les outils dédiés au portrait
  6. Les outils avancés (dégradés, contraste, virage partiel…)

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À l’ouverture, Luminar applique par défaut son interprétation qui est bonne, en matière de colorimétrie et de correction des défauts de l’objectif.

Le reste, c’est à vous de le faire, mais vous pouvez faire appel à l’intelligence artificielle qui fait de très belles choses dans ce logiciel.

Il faut voir maintenant Luminar comme un logiciel capable d’appliquer des réglages, grâce à ladite intelligence artificielle, à des zones et non pas à l’ensemble de la photo, un peu comme le fait DxO.

L’accentuation par exemple ne se fait pas, comme dans beaucoup d’autres outils de la concurrence, sur l’ensemble de l’image, mais sur les zones principales détectées par Luminar.

Certes, les outils de base sont là, comme on les trouve partout, mais ce qui a été rajouté, ce sont ces outils automatiques qui existaient d’ailleurs déjà pour certains d’entre eux, notamment l’améliorateur de ciel, mais aussi des outils créatifs, dont deux totalement nouveaux: celui dédié à l’amélioration des portraits, et celui dédié au remplacement du ciel.

Disons-le tout net, celui dédié à l’amélioration du visage est tout à fait étonnant: aucunement besoin, comme dans ON1, de montrer où sont les yeux, la bouche, le contour du visage à Luminar, il trouve tout cela tout seul et de très belle manière.

Vous blanchissez le blanc des yeux, leur donnez de l’éclat, les agrandissez, améliorez les sourcils, atténuez les cernes d’un simple glissement de curseur pour chacun de ces critères vers la droite.

Vous blanchissez les dents, donnez de la couleur et de la brillance aux lèvres de la même manière.

Vous amincissez le visage, corrigez ses défauts, y ajoutez de la lumière tout aussi facilement.

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Image de départ: d’accord, cette jeune bénévole du Rock’n Poche est très belle et son portrait n’a besoin d’aucune correction, mais regardons ce qu’il est possible de faire.
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Image d’arrivée, avec les réglages dédiés au visage, à droite. Vous êtes conscients que j’ai exagéré la démonstration qui, je le répète, n’était pas du tout nécessaire, ceci pour les besoins de cet article.

Si vous n’exagérez pas dans l’intensité que vous donnez à ces réglages, vous arriverez à quelque chose de tout à fait convaincant.

Pour moi, ce module justifie presque à lui tout seul le fait que je ne regrette pas finalement d’avoir fait la mise à jour. Il remplace pour les besoins que j’en ai Portrait Pro (qui a fait de très gros progrès dans sa toute nouvelle version dans le naturel du rendu, lui qui n’était pas très fort dans ce domaine).

Notez que lorsqu’il y a plus d’un visage, le programme travaille sur ceux qu’il a reconnus et les paramètres que vous réglez le seront pour les deux, sans pouvoir les différencier.

L’autre outil tout neuf est donc celui qui vous permet de remplacer le ciel, normalement même sur des photos assez compliquées.

J’ai dit ici pourquoi je ne suis pas adepte de cet artifice. Je reste un indécrottable du fait qu’une image doit refléter tant que soit peu une réalité la plus proche que ce que l’on a pu ressentir comme émotion.

Certes, j’admets que l’on peut parfois essayer de la dramatiser, raison pour laquelle je trouve un autre outil de Luminar très intéressant, à savoir l’améliorateur de ciel, de là à le changer complètement…

Bon… dans un ciel cramé (si on a un Canon… Mais non, mais non, je plaisante, pas taper, pas taper, c’était juste pour rigoler…), je peux comprendre qu’on essaie de remettre un ciel qui ressemble le plus possible à celui qu’on se rappelle avoir vu, mais sinon… Sans compter qu’il y a une trentaine de ciels, on va finir par les retrouver un peu partout, même si l’intelligence artificielle est capable de les faire varier.

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À gauche, l’image d’origine, à droite, avec le ciel remplacé. 

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Pas mal, même entre les mâts.

Notez qu’il existe même un module qui ajoute un soleil là où vous le voulez, avec ses rayons qui peuvent être entièrement paramétrés

Allez, tant qu’on y est, rajoutons du soleil!

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Bon, c’est rigolo, mais ce n’est pas ce que j’ai vu…

Et puis, il y a tous ces outils automatiques qui travaillent sur les zones, comme indiqué plus haut, comme Structure, Accentuation.

Oserais-je vous demander d’aller voir les exemples proposés, facilement reproductibles, sur la page de descriptifs de ces outils?

Je ne prétends pas qu’ils font mieux que l’œil averti de l’utilisateur professionnel qui maîtrise à mort tous les programmes de développement RAW, mais Luminar pourrait leur faire gagner du temps.

Quant aux amateurs avertis ou non, ils seront souvent satisfaits de ce que leur proposent les automatismes.

Quelques défauts

Luminar n’est pas toujours très rapide.

Il lui faut du temps pour charger des images, pour appliquer des réglages.

Parfois, il s’emmêle les pinceaux entre deux photos lorsqu’on applique un filtre. J’imagine qu’il y a du lourd à gérer, derrière.

Si vous partez sur ce logiciel, prévoyez l’achat d’un bon petit SSD pour stocker vos images, cela sera déjà bien plus confortable.

En conclusion

Luminar 4 est un programme qui pourra rendre de très beaux services en tant que plug-in de Lightroom, ce d’autant plus qu’il travaille depuis ce dernier avec les RAW et non pas des copies Tiff.

Il faut tout de même savoir qu’il renverra automatiquement à Lightroom des Tiff, ce qui prendra de la place sur le disque et à la fois dans le Cloud pour autant que vous y stockiez vos originaux. Je rappelle que si vous faites des modifications de photos dans Lightroom, que vous les faites sur des copies virtuelles, celles-ci ne pèseront rien ou presque.

Les outils de Luminar, basés sur l’intelligence artificielle sont bluffants, en particulier celui dédié à l’amélioration de portraits, pour autant que l’on ne tire pas les curseurs tout à droite pour respecter le côté naturel.

Je ne suis pas adepte, comme je l’ai déjà écrit plus haut, de l’outil de remplacement de ciel, mais je ne suis pas non plus obligé de l’utiliser, et il est certain que beaucoup vont (peut-être malheureusement) en profiter.

Cela dit, bien d’autres outils comme l’améliorateur de VOTRE ciel sont excellents, vous feront gagner bien du temps et amélioreront vos images.

Maintenant, en tant qu’alternative à Lightroom, vous pouvez passer votre chemin puisque l’outil catalogue de Luminar reste toujours aussi basique, ce qui est vraiment regrettable.

Luminar a reçu en son temps un label Too Much Bô, il ne l’obtient pas pour l’ensemble de son œuvre avec cette version au vu de ses nombreux manques au niveau du catalogage.

Par contre, en matière d’améliorations de photographies quasiment automatiques, il le mérite bien et en tant que plug-in pour Lightroom, il devrait le recevoir.

Oui, mais voilà, Skylum vend son produit aussi comme un catalogueur, et au vu de sa faiblesse dans ce domaine, je ne peux pas le lui donner, ne voulant pas couper mon magnifique logo en deux.

Pour le catalogage, on attend la version 5 et on croise les doigts pour voir le module qui lui est dédié prendre de l’envergure!

Je terminerai sur le prix: Luminar 4 n’est pas cher puisqu’il coûte 89 €.

Mais que dire alors de la mise à jour qui, elle, revient 74 €?

C’est bien peu de rabais, même si les utilisateurs fidèles ont eu droit à la mise à jour gratuite de la version 3, ce qui était bien normal puisque Skylum n’avait pas tenu ses promesses pour la version 2018.

On peut imaginer que Skylum va reprendre son rythme de croisière et nous offrir ses nouveautés chaque année pour 15 € de moins qu’une version complète.

Je vous laisse seul juge…

Finalement, Lightroom, la référence, n’est pas si chère dans sa version d’abonnement pour photographe à 11.99 € par mois, ne trouvez-vous pas?

Mais ça, ça fait un moment que je l’écris.